Le consentement, Vanessa Springora

La curiosité l’a finalement emportée sur ma méfiance envers une littérature très médiatisée et je suis sortie essorée de ce récit.

Vanessa, seize ans et déjà un peu cassée par une enfance délaissée, va consentir à être le nouvel amour, la nouvelle possession, la nouvelle muse, la nouvelle victime du prédateur G.M., pédophile revendiqué, légitimé par sa posture d’écrivain.

Les mécanismes du pseudo consentement sont très froidement explicités. Pas à pas, l’auteure démonte les étapes de la séduction qui la mène dans les draps de celui qui se dit le libérateur de l’amour, l’intellectuel du plaisir adolescent, se drapant, quant à lui,  dans un discours autojustifié par les pratiques de la Grèce antique et l’air du temps soixante huitard.

Le vice est là, l’auteure a consenti, a aimé, la mère a consenti, les amis de l’écrivain ont consenti, Pivot a consenti, mais Vanessa fut la seule victime a devoir assumer le consentement généralisé. Ce qui particulièrement frappant dans ce livre, ce n’est pas tant l’erreur d’appréciation de l’amour éprouvé par l’adolescente, que le piège qu’il a construit autour d’elle, le désert auquel elle se retrouve confrontée, lorsque que les voiles se soulèvent, lorsque la jeune fille réalise que son séducteur est sale, et qu’elle aussi, elle est salie, perdue. A jamais estampillée muse de G. M., jouet de G. M. qui continue à publier, à vendre, à parader dans les médias complaisants pour ce « collectionneurs de minettes ». Vanessa a ses ailes d’adolescente cramées, son corps corrompu par un désir flétri. La normalité lui a été enlevée, remplacée par un désir pervers et nombriliste qui la poursuit après l’avoir brisée en la portant aux nues de l’amour libre. Saleté vomitive.

La voix de cette femme brisant sa propre honte, est d’une justesse chirurgicale, au point de retourner le couteau et la plaie envers son prédateur, c’est le petit chaperon rouge qui ouvre le ventre du grand méchant loup, dont la pelisse tombe enfin, ne laissant au sol que des restes d’un pauvre homme, un homme pitoyable, méprisable. Elle l’a bel et bien enfermé dans le conte cruel où il avait voulu qu’elle ne soit que proie.

20 commentaires sur “Le consentement, Vanessa Springora

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    1. Je ne pensais vraiment pas que ce témoignage serait aussi implacablement construit. Il est du coup, terriblement efficace. Pour le titre de Camille Kouchner, je ne suis pas certaine de le lire. Mais c’et aussi ce que je pensais du Consentement.

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    1. On peut rajouter pervers, sans problème. Perversité narcissique bâtie par G.M. et qui semble indestructible. L’image du petit chaperon rouge est évoquée par l’auteure, à la fin. Pour qui a un peu lu La psychanalyse des contes de fées (ma propre lecture est fort lointaine), cette comparaison s’impose du coup et donne une clef de compréhension au lecteur sidéré.

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    1. La mère a aussi joué son rôle dans le mécanisme de séduction et de consentement généralisé, la jeune fille n’a pas de leviers qui puissent lui aurait permis de résister. Sa solitude fait parti du mécanisme qui a rendu possible son histoire. C’est ce que j’ai trouvé terriblement glaçant.

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    1. L’image du petit chaperon rouge est suggérée par le texte lui même, juste en passant. Elle m’a fait tilt. Mais c’est ce qui se passe dans le livre, la proie se venge en refusant de rester une proie. L’auteure le dis aussi dans les premières pages, enfermée dans les livres de G.M., elle veut l’enfermer dans le sien, le redéfinir comme prédateur, et non séducteur. C’est un livre que je recommande à beaucoup de personnes autour de moi, mais je peine à convaincre ! Comme ici …

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    1. Effectivement, le mécanisme de séduction fait froid dans le dos, mais ce qui m’a surtout frappé, c’est l’analyse que fait l’auteure des conséquences de son « consentement » . Il y a des éléments de réponse aux dénis que l’on observe parfois chez les victimes de ce type d’abus. Comment s’accepter soi même ?

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  1. Je pense de plus en plus que je vais le lire. Au-delà de G.M., je suis écœurée par les agissements de ses amis, souvent très en vue (Pivot, Beigbeder…) qui ne songent pas une seconde à se remettre personnellement en cause et qui restent sur leur piédestal (j’ai envie de gifler Beigbeder à chaque remarque déplacée, misogyne dans Le Masque et la Plume, à tel point que ça me décourage d’écouter l’émission).

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    1. Cela fait un petit moment que je n’écoute plus cette émission et ce que tu en dis ne m’encourage pas à le faire … Pour ce titre, tu verras que le milieu littéraire n’est pas épargné par l’auteure. J’ai regardé ensuite l’extrait d’apostrophe où Pivot qualifie G.M. de « collectionneur de minettes », on a du mal à comprendre cette connivence amusée !

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