L’anomalie, H. Le Tellier

B8A-787-10-471136Un tueur professionnel, un écrivain presque raté, plutôt voué, lors des salons du livre, à passer le temps à faire causette avec son voisin, qu’à crouler sous les demandes de dédicaces, une jeune femme, qui a finalement cédé à l’amour et au désir, pressant et envahissant d’un vieil architecte qui met en elle tous les espoirs d’un dernier amourne savent pas qu’ils ont embarqué dans la même histoire.  Un autre homme, le commandant de bord, une mère de famille et ses deux jeunes enfants,, ignorante du secret de la salle de bain que cache sa fille, tous sont montés dans le vol d’Air France HF 0006 à destination de New York. On est en juin. Le vol se déroule normalement jusqu’à 16.13, où se dresse devant le Boeing 787, un mur de grêle et de turbulences, un cumulonimbus monstrueux, ni signalé, ni prévisible, une véritable lessiveuse. C’est le titre du cinquième chapitre, à partir du quel, on ne peut plus rien dire de l’histoire fascinante qui va dérouler ses interrogations jusqu’au final..

Dans les quatre premiers chapitres, les personnages vaquent à leur occupations. Ils n’ont aucun lien entre eux, évoluent dans des bulles indépendantes, Brake exécute son dernier contrat de tueur au sang très froid, Victor écrit, dans une sorte d’état d’urgence, il noircit d’un humour noir les pages d’un texte à l’envoi désespéré. Son titre, L’anomalie, parvient à son éditrice avant la bascule. Lucie recadre une scène du dernier film de Maïwen en s’exaspérant du dernier mail envahissant d’André, intrusion pleine d’un amour auquel elle a renoncé, finalement, après New York. David, dans la salle d’attente de son frère oncologiste, ne sait pas encore que le ficus assoiffé qu’il observe a une durée de vie longue que la sienne.

Dans ces premiers chapitres, on voit bien qu’il y a quelque chose qui cloche dans le schéma, un léger déroulé-décalé qui fait penser au clinamen de Pérec, la pièce manquante du puzzle de l’immeuble de La vie mode d’emploi, un arrière goût des Exercices de style de Queneau, une même scène semble décomposée, recomposée, une sonnerie à la porte chez les uns, un coup de téléphone chez d’autres, mais rien qui ne détonne vraiment. D’ailleurs à dire vrai, ces réminiscences sont plutôt d’après coup, car sur le temps de la lecture, l’appétence addictive ne laisse pas place à la réflexion distanciée.

L’anomalie est un roman feuilleton, à multiples tiroirs, un véritable thriller à suspens, l’auteur joue de toutes les gammes de l’humour à froid, futuriste sans être de science fiction, il pose les bases, en souriant, d’un questionnement foisonnant sur notre époque, nos peurs et nos illusions, sur un mode entrainant vers la chute finale. Vertigineuse.

33 commentaires sur “L’anomalie, H. Le Tellier

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      1. Je viens de retrouver ta note, et je comprends qu’à l’écoute, ce roman ne doit pas être facile à suivre ! Comme toi, les différentes hypothèses scientifiques m’ont glissé dessus (mais j’ai adoré les deux chercheurs … ) et contrairement à toi, j’ai adoré les confrontations march/june,. Celle de Blake m’a beaucoup fait rire, un goût de Tarantino …

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    1. Maintenant que je l’ai lu, je ne dirais de ne pas attendre … Une lecture qui fait sourire en embobinant le temps, je trouve que c’est un peu une lecture  » bouchon de champagne » !

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    1. Et non, ce n’est pas un hasard, il y a de l’oulipo dans les airs .. Même si je ne pense pas qu’il y ai une contrainte d’écriture dans L’anomalie. Mais sait-on jamais ? La première fois que j’ai lu La vie mode d’empli, je n’ai rien vu non plus ! On sent qu’il a des citations et des références cachées, mais pour moi, le goût de la lecture l’a emporté sur la curiosité.

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      1. Pareil, j’ai aimé sans me tracasser…
        Tu peux lire aussi le réjouissant Joconde jusqu’à cent, là c’est avec ‘contrainte’ mais TB

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  1. les avis sont vraiment mitigés, soit les lecteurs adorent soit ils n’accrochent pas d’après ce que j’ai pu lire ça et là…
    J’ai hésité mais la curiosité va l’emporter et de toute manière mes attirances littéraires ces derniers mois se sont quelque peu modifiées. J’espère que cela va redevenir comme avant 🙂

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    1. Comme je l’ai sur mes étagères depuis sa sortie, je n’ai lu aucune article sur ce titre sur les blogs, mais par contre, tous mes amis qui l’ont lu ont adorer. Du coup, je suis étonnée des avis mitigés. Laisse toi prendre par la curiosité, c’est une bonne conseillère. Et même si tes gouts se sont modifiés, sur ton blog, il y a toujours autant de bonnes idées, je trouve.

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  2. Une lecture » bouchon de champagne »? C’est plus que réjouissant!
    Parmi tous les billets lus, tant positifs que négatifs, sur ce titre, je n’arrive pas à me faire mon idée. Alors, trêve de tergiversations: je vais attendre sa parution en poche et je fonce.

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    1. Il est vrai que je n’ai pas eu de coups de coeur depuis un moment, ce titre en est un vrai. D’autres lectures agréables vont suivre normalement, leur cours de publication, tranquillou.

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    1. Je n’ai pas lu les articles sur ce titre, je vais pouvoir le faire maintenant, en ne risquant plus que l’on m’en dise trop. A vrai dire, je ne savais absolument pas comment résumer l’histoire après la lessiveuse ! J’ai donc peu de mérite mais merci du compliment !

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  3. C’est un roman qui ne laisse en tout cas pas indifférent ! J’ai un objectif de faire baisser ma PAL mais celui-ci est bien sûr sur ma future liste 🙂

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    1. Je pensais naïvement que ce roman faisait l’unranité ! Moi aussi je vais faire baisser ma PAL, en mettant dans la boite à lire tous les romans qui y sont depuis plus de deux ans ! ça va faire de la place pour les nouveaux …

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  4. Tu me donnes envie de lire « La vie mode d’emploi » (c’est un travers, quand on me dit qu’un livre peut être une référence à un autre, j’ai peur de manquer des choses si je m’y prends dans le désordre). Est-ce que du coup c’est un peu comme un policier ? Si oui, je peux l’offrir à ma belle-mère puis lui emprunter…

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    1. La vie mode d’emploi n’est pas un policier, je ne saurais d’ailleurs pas lui donner un genre. Disons que c’est un peu comme des tranches de vie. Perec prend un immeuble et décrit la vie de plusieurs de ses habitants. Ils ne se croisent pas pas forcément, il n’y a d’ailleurs pas vraiment d’intrigue. Le début de L’anomalie reprend ce principe, mais avec moins de personnages. Et tu peux très bien lire L’anomalie sans avoir lu La vie mode d’emploi, tu ne louperas rien. J’ai fait le lien parce que Le Tellier appartient à l’oulipo, comme Pérec et Queneau.

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