Une île bien tranquille, Pascale Dietrich

Ouessant-®EB-1050x695Le choix de ce roman sur les étagères de ma librairie provient d’une de mes confusions mentales. Mes neurones m’infligent souvent des tenaces mots valises dont je ne peux me dépêtrer, et là, j’ai fait un auteur valise, fusionnant Pascale Dietrich et Hanalore Cayre. Mais si les deux noms n’ont rien à voir, il y a quand même des connexions entre les deux univers, caustiques et mal pensants à souhait.

L’île bien tranquille, cadre de l’essentiel du roman, pourrait être Ouessant, ou Sein, ou une fusion d’îles bretonnes battues par les vents, les flots …  des îles où les habitants ne ferment pas les portes de leur maison, l’intrus ne pouvant franchir le seuil de l’embarcadère sans se faire repérer. L’embarcadère, haut lieu stratégique, où le bateau-liaison arrive deux fois par jour, tout départ ayant un retour, les iliens ont le mal de mer sur le continent. Il n’y a que le nom du bateau de liaison qui baroude, les îliens rentrent chez eux.

Edelweiss, journaliste à Paris attend donc sur le quai de Brest la même vedette que celle qui l’y a amenée, dix ans auparavant, dans la même odeur d’huile de moteur, et repart sur son île, secouée par les mêmes vibrations du moteur qui obligent à la contemplation de la mer. Edelweiss est secouée aussi par la raison de son retour, le décès de son père, maire de l’île depuis toujours. Sa mère y est décédée aussi, ne voulant quitter son île pour un hôpital du continent, accrochée au sol fertile où sa douleur fera pousser d’étranges fleurs. Mais ceci est une autre histoire … N’empêche que, toujours plantée sur le quai venteux et bruineux, Edelweiss a dû mal à croire que son père, taillé comme une armoire bretonne, ait pu être soulevé comme un cerf volant, du haut de la falaise du pic du Rat, jusqu’en bas. Il faut dire que le vent a bon dos sur l’île, coupable d’office des anomalies, ou de ce dont ne veut pas parler …

Et des anomalies, la jeune femme en détecte d’autres, toujours plantée auprès de sa valise à roulettes, car si Max, le patron du baroudeur, a toujours la même tignasse permanentée par le vent, Martial, un des frères Trévidic se tient sur un yacht de croisière flambant neuf, chaussures de ville aux pieds, ce qui pour un membre d’une des familles les plus pauvres de l’île, augure des changements dont Edelweiss n’a pas encore idée. Et qu’elle va découvrir petit à petit : les voisins recroquevillés derrière une caméra de surveillance, une balle de tennis au milieu de la pelouse tondue au cordeau par son père, ornée d’une tête de mort incongrue. Le bar du port a pris un sacré coup de jeune dans le décor, même si les mêmes vieux briscards de la houle s’y tiennent la main agrippée au cul de la bouteille, et Martial, son premier amour s’est rasé la tignasse et est en proie à une passion suspecte pour les nains de jardin.

Les poings enfoncés dans le ciré, les oreilles dans le bonnet, c’est sous le regard perçant des mouettes qu’on pousse les portes du récit. Et les mouettes sont rieuses dans cette enquête qui n’a rien de poisseux ni de nostalgique et qui rend palpable le train tranquille des îles qui n’ont presque rien à se reprocher, mais où le vent n’est pas toujours le seul à soulever les secrets.

Une participation au challenge petit bac, catégorie lieux

Petit Bac 2021

18 commentaires sur “Une île bien tranquille, Pascale Dietrich

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    1. C’est une histoire qui sent bon les îles bretonnes, tu devrais t’y retrouver … Elle a aussi écrit Les mafieuses, qui est dans le même ton caustique et pas politiquement correct.

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    1. Ben oui, surtout que la tonalité des deux autrices est finalement assez similaire … En tout cas, j’aime bien les deux. Et puis, les îles bretonnes, ça me parle, forcément vu que j’y vais souvent ( y allais pour le moment, mais y retournera souvent !)

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    1. Un polar « marin » (on dit bien un polar rural …) qui se dévore. Des confusions comme ça, ça m’arrive assez souvent, le fais des mix avec les noms, Wallandur … Ederlender un moment ( si tu ne connais pas, ce sont deux noms de détectives de polar du nord un peu mélangés)

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    1. Voilà, tu as un programme de lecture bien chargé ces derniers temps, il faut le dire. Ce sont deux titres très courts, alors, ils finiront bien par trouver une petite plage de lecture !

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  1. Lu très rapidement, mais c’est moins drôle et caustique que Cayre, un peu rapide aussi, un goût de pas assez, trop vite dévoilé. Mais plaisant quand même, dans le genre.

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    1. J’avoue que je me suis laissée embarquée dans le goût des îles bretonnes…. Il est vrai que l’intrigue est un peu faiblarde par moment, mais les portraits des habitants sonnent tellement juste !

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