On a de la chance de vivre aujourd’hui, Kate Atkinson

6542597Le recueil est assez éclectique au départ et, finalement, laisse place à plusieurs nouvelles ayant pour sujet la femme de cinquante ans, du type de celles, qui, dans la vraie vie, se sont laissées boudiner dans un tailleur chic qu’elles ne voulaient pas porter, du moins pas dans leurs rêves de jeunesse … De celles qui, au foyer, n’ont pas vu venir la solitude à deux.

La première nouvelle est une sorte de comédie à la Agatha Christie, la seconde s’amuse de l’apocalyptique retour du monde à la matière première, la troisième réécrit la création du monde avec un dieu bucolique, désespérant à chaque nouvelle tentative de la capacité des hommes à engloutir la nature dans des fins mercantiles. Malgré l’énergie qu’il met à augmenter le nombre et la qualités des espèces, les humains finissent toujours par augmenter la production de sacs en crocodiles, tant qu’il y a des crocodiles …

Les autres nouvelles sont hantées par des clubs de lecture. Je ne sais pas ce que l’auteure a contre les clubs de lecture mais en tout cas, elle les peuple de femmes à la cinquantaine, laissées pour compte au bord de la ménopause par des maris occupés ailleurs. Classe moyenne, enfants déjà grands, déjà partis, ou enfants collés aux basques, enfants aux études décevantes, ces femmes sont engluées dans un modèle qui ne les a jamais fait rêver, et un peu perdues de se retrouver là … Un peu perchées, regardant derrière elles et ne se reconnaissant pas. La figure la plus touchante est celle de Joan dans la nouvelle Je ne suis pas une Joan, qui fait se dérouler la réalité ordinaire de Joan,  au physique délaissé, et qui tente d’exister encore en prenant des cours du soir de danse orientale, et la Joan fantasmée. Alors que l’une se débat, la seconde flotte, légère dans un monde de luxe et de volupté préraphaélite. Une Joan Bovary …

Le recueil se clôt sur une réécriture de la Traviata en jeune actrice trop à la mode, trop vite poussée par maman sous les sun light, qui joue sa mort tragique devant un couple qui se délite …

Caustique, ironique, c’est vraiment un recueil qui m’a redonné envie de replonger dans ses romans ! ( enfin les quelqu’uns que je n’ai pas encore lus … )

Une autre participation à Mai en nouvelles

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19 commentaires sur “On a de la chance de vivre aujourd’hui, Kate Atkinson

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  1. Je me rends compte en vieillissant (Oui la cinquantaine est loin derrière moi!) que Je déteste que l’on se moque des efforts que font les femmes pour trouver du goût à la vie. Les ateliers d’écriture, les cours de yoga, les clubs de marche, les clubs de lecture sont plein de femmes c’est vrai mais vous savez où je retrouve des hommes dans ma bonne ville de Dinard ? À la déchetterie…. il y a un écrivain qui se moque d’eux ?

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    1. L’auteure ne se moquent pas de ces femmes, je me suis mal exprimée. Au contraire, elle montre leur détresse et leurs combats pour exister … Les hommes à la déchetterie … C’est un slogan ? ^-^

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    1. Oui, c’est un peu daté, un peu années soixante, mais ça résonne toujours juste car, avec ou sans club de lecture, ce type de femmes sont toujours socialement engluées.

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  2. Tiens, deuxième billet en peu de temps sur ce recueil.
    Ah oui, les hommes en déchetterie… Ou magasins de bricolage… Même si les dames y vont, soyons modernes! ^_^

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    1. J’ai copié sur Ingannmic ! Les magasins de bricolage, que je fréquente assidument sont aussi un territoire « genré », les femmes à la peinture et la déco et les hommes aux travaux de base. Je me souviens de la tête du vendeur quand un jour ( pas si lointain, il y a quinze jours), je suis allée acheter une tronçonneuse …

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    1. Si tu n’as jamais lu ses romans, les nouvelles te donneront une idée de son ironie douce amère. Jackson Brodie, le détective de sa trilogie te permet de vivre des aventures particulièrement excellentes et savoureuses !

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  3. Oui, j’ai noté aussi que ces clubs de lecture reviennent à plusieurs reprises… comme toi, cette brève incursion m’a donné envie de revenir vers ses romans, notamment les 2 de la « série » Teddy et Ursula Todd, que je n’ai pas lus.

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  4. moi qui suis une inconditionnelle de Kate Atkinson, je me rends compte que j’ai tout oublié de ce recueil … tu me donnes envie de le relire !

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