Par les routes, Sylvain Prudhomme

5e2f043dcc655361029793Sacha, le narrateur, a la quarantaine, il est écrivain, peintre, et a décidé de changer sa vie parisienne pour une plus provinciale. Un peu par hasard, il choisit V., au sud de la France, une ville moyenne, où il semble faire bon vivre, même en hiver, et où il pense ne connaître qu’un vague cousin. En effet, en plus d’un projet d’écriture, il a un projet de vie, l’inexistence sociale. Il emporte peu de biens matériels, quelques livres quand même, dont un titre, acheté à un bouquiniste, il y a vingt ans, Le guide pratique et humoristique de l’autostoppeur, illustré par Sempé.

Cette trouvaille, il l’avait brandie comme un trophée sous les yeux de son ami, ami de toujours, alter égo et rival, qui est nommé dans tout le récit par sa caractéristique principale, il est l’autostoppeur, celui qui vit, qui part, qui rencontre. Sacha est celui qui reste, qui observe et raconte. A l’époque, l’ami avait négligé l’ouvrage, en expert du pouce levé, un art qu’il pratique comme d’autres respirent.

A V.? 17 ans après leur dernière rencontre, une rupture sans fracas mais rédhibitoire, Sacha retrouve sur cet ami, les retrouvailles se font sans façon et sans rancune, autour d’une salade de tomates du jardin, dans la maison de l’autostoppeur qui est marié, père d’un petit garçon de huit ans, Agustin. Sa femme, Marie est traductrice de romans italiens, tout cela sent l’harmonie, assumée, tranquille, conviviale, l’amitié retrouvée presque sans fêlures … Cependant l’autostoppeur n’a jamais cessé d’autostopper. Il part, entre deux chantiers de bricoles, pour deux ou trois jours, le long des aires d’autoroutes, qu’il pratique comme d’autres fréquentent les sites de rencontres. Ce qu’il aime, est le hasard des croisements, les moments de promiscuité dans l’habitacle, le partage de l’intimité avec des inconnus. Il en fixe parfois l’image sur un polaroïd, un nom, une date, un détail parfois,. Le narrateur découvre cette collection, 200 à 300 clichés collectés au gré des stations services. l’autostoppeur lui raconte aussi des bribes de conversations à moitié oubliées, une histoire de nuages qui se croisent, une halte, un détour, une prof de littérature, un couple voyageur … un entrepreneur pressé, un camion poubelle …

Dix sept ans auparavant, le narrateur et son ami ont partagé ce goût de l’errance, puis Sacha s’est éloigné, vivant comme un reproche la liberté de l’autostoppeur. Lorsqu’il se retrouvent, ce sentiment réapparaît,  une méfiance, une jalousie tacite, apprivoisée. Mais cette fois ci, à partir de l’arrivée de Sacha, l’autostoppeur part de plus plus en plus souvent, de plus en plus longtemps, il s’éloigne, en quête de vies à croiser alors que les trois qui restent organisent ses absences, qui finissent par les souder.

Un récit assez linéaire, avec de belles surprises que l’autostoppeur collecte ou sème au bord de sa route, qui m’a cependant agacée, à cause de l’écriture, factuelle et elliptique, les phrases sujet verbe complément,, et la posture du narrateur, dandy du sentiment amoureux qui reste observateur de lui même .

Une participation au challenge petit bac, catégorie voyage.

Petit Bac 2021

15 commentaires sur “Par les routes, Sylvain Prudhomme

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    1. Le fait est que c’est une pratique qui disparaît, ce qui donne un aspect un peu anachronique à ce roman, mais ce n’est pas incohérent car l’ensemble du texte baigne dans cette tonalité un peu hors du temps.

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    1. J’ai du mal avec les écritures « blanches » …. Il faut dire que j’adore Proust ! Mis à part ce petit « agacement », j’ai bien aimé l’aspect récits dans le récit, j’ai même trouvé que les souvenirs de rencontres de l’autostoppeur étaient ce qu’il y avait de vraiment réussi.

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    1. Je n’ai pas non plu été convaincue, je me disais souvent, mais pourquoi ce n’est pas l’autostoppeur qui raconte directement ses rencontres et son goût de la fuite … Bien plus marrant que Sacha qui se regarde vivre !

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  1. Ça partait bien, ce billet! L’inexistence sociale comme projet de vie, ça me parle!
    Puis, tes mots ont refroidi mon ardeur. La posture du dandy du sentiment amoureux, observateur de lui même, ça ne me va pas du tout!
    Quant au style factuel et elliptique, ça me va très bien d’habitude. Les écritures « blanches », j’aime particulièrement. Tu adores Proust? Je comprends mieux pourquoi ce style d’écriture te gêne.

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    1. J’ai du mal avec ce type d’écriture … J’ai dû faire une overdose de Duras dans ma jeunesse ! Mais jamais de Proust. J’ai lu quatre fois fois La recherche, dont deux fois à suivre, j’ai finis le dernier tome, et hop, je suis retournée au premier. Je crois bien que ça m’ a pris un mois et demi … Et depuis, deux autres fois, espacées de quelques années cette fois ci ! Il me faudrait une cinquième dose bientôt.
      Remarque quand on y pense, Proust aussi après l’immersion sociale a fait de sa vie un projet d’écriture !?

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      1. Je comprends qu’on peut faire une overdose de Duras, mais pas de Proust?!
        Je te taquine.
        Je suis béate d’admiration pour tes relectures de Proust. Ma copropriétaire aussi compte relire la recherche. Elle s’est dit à tous les dix ans (elle a 31 ans!).
        Je doute pour ma part que j’y revienne un jour. J’avais tenté Du côté de chez Swann et abandonné. La longueur des phrases et leur musicalité m’avaient laissé de marbre.

        Il y en a pour tous les goûts, des styles littéraires, musicaux, picturaux, etc! Je ne t’apprend rien de neuf!

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  2. Je ne suis pas sûre que ce roman soit pour moi en raison de l’efficacité moyenne des tournures elliptiques. J’ai le sentiment que l’auteur tourne en rond (c’est le cas de le dire) dans cette histoire, à te lire.

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    1. Effectivement, le narrateur fait un peu du sur place, même si il prend petit à petit la place de l’autostoppeur, ou alors que celui-ci lui laisse la place, on ne sait pas trop, ellipses obligent …

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