Mécanique de la chute, Seth Greenland

téléchargementBienvenu dans l’univers plus que confortable des Gladstone, empire familial fondé par le père de Jay et son frère, exilés de la lointaine Europe centrale et répondant au nom de Glastein à leur arrivée à New York. Les pères fondateurs ont fait fortune dans l’immobilier et leurs descendants, tout en poursuivant une ambition architecturale ( surtout Jay), ce sont répartis les activités connexes et lucratives. La famille semble soudée même si la réussite de Jay est la plus insolente. Et tous les membres respectent la mémoire des membres fondateurs en cultivant une forme plus ou moins superficielle de judaïté. Ces liens familiaux, que Jay idéalisent, ne tiennent cependant qu’à quelques fils …

Jay, dans cet univers qui pourrait être impitoyable, fait figure d’humaniste, en tout cas, c’est ainsi qu’il aime à se considérer et à se croire considéré. Il multiplie les fondations philanthropiques, les bourses d’études. L’homme porte beau, confiant en ses valeurs, proche de celles d’Obama, dont il soutient la campagne pour sa deuxième élection, Il vit sa richesse en toute bonne conscience. Son deuxième mariage connait cependant une zone de turbulences. Nicole, sa belle femme a connu une carrière avant de se dissoudre dans une forme d’ennui de potiche,  et quelques abus alcooliques, elle ressent à la quarantaine, l’envie d’être mère. Ce que Jay ne perçoit pas comme un des grains de sable de la mécanique qui va imploser son monde.

Jay est aussi le propriétaire d’une équipe de basket, ce sport où il rêvait de briller quand il était gosse, mais il y a des talents que l’argent n’achète pas. Pour que son équipe soit parmi les meilleures, il lui a offert une super sar, Dag. Dag ne tient cependant pas toutes les promesses que l’on a misé sur ses performances, et dérape hors du terrain. Et puis, comme beaucoup de basketteurs américains, Dag est noir. Dag est un autre grain de sable.

Comme un autre personnage très éloigné de la sphère de Jay, John Eagle, vétéran de la guerre d’Irak qui a le cerveau maltraité par le traumatisme et qui sera abattu, nu et désarmé par un policier dépassé par l’incident. Un policier blanc. Ce presque banal fait divers prend rapidement un relief politique, parce qu’un policier blanc est forcément soutenu par sa hiérarchie, même quand la légitime défense tient sur le fil du rasoir. Et puis, surtout, le dossier est entre les mains de la procureure, Christine Lupo, qui brigue un mandat politique alors que sa vie est toute retournée par la révélation des infidélités de son mari.

Ces micros événements ( et d’autres dont les amours de la fille de Jay pour les causes révolutionnaires défendues pour de bien égocentriques raisons) mènent à l’engrenage de la chute et le grand patron presque « de gauche » tombe de son canapé chesterfield sur le tapis et peut importe alors que ce soit sur un magnifique tapis indien tissé à la main, symbole de son bon goût humanitaire, ou sur un ignoble tatamis arriviste. Jay doit mordre la poussière, la vox populi des réseaux n’a que faire des bons sentiments et des erreurs pardonnables.

L’erreur de Jay se situe à peu près à la moitié du roman. La première partie met en place l’ampleur du personnage, sa puissance, ses ambitions, mais aussi ses motivations intellectuelles, qui ne sont pas celles d’un immonde salaud, et les rouages de sa descente aux enfers restent invisibles. La seconde partie dévoile les ressorts et les pièges dont Jay n’avait pas compris qu’ils allaient le transformer en bouc émissaire, solitaire face à l’hallali de la bienpensance, hypocrite et versatile, dont il devient la cible à abattre.  L’univers des magasines people en papier glacé laisse place à la satire glaçante d’un monde où le pouce baissé ou levé en guise de commentaire tient lieu d’analyse définitive.

Comme le dit Ingannmic, un « roman bien plus subtil qu’il paraît ».

Et une participation au pavé de l’été… ( 718 pages dans l’édition Liana Levi)

PAVE 1

11 commentaires sur “Mécanique de la chute, Seth Greenland

Ajouter un commentaire

    1. Merci, merci …. C’est trop gentil pour les billets ! Et je pense que ce titre pourrait te plaire. La première partie peut faire penser à l’univers d’une série « chez les heureux de ce monde » mais on s’aperçoit rapidement des failles et des tensions. C’est une vraie mécanique !

      J'aime

    1. Merci de ton conseil ! C’est mon premier pavé de l’été, lu en juillet, en fait deux autres vont suivre, mais aucun ne te surprendra vraiment, j’en ai bien peur !
      Et l’intérêt de ce roman tient effectivement dans ce brouillage des bonnes intentions, l’image que l’on veut donner de soi, et d’autres motivations plus secrètes et sournoises. Le personnage de la procureure fonctionne sur les mêmes rouages, alors que les électrons libres, Dag et Nicole, fonctionnent à l’impulsion. J’ai bien aimé cette répartition des rôles et aussi la satire de l’engouement médiatique, la manipulation des faits.

      J'aime

  1. Désolée, j’avais zappé ton billet alors que ton lien était bien passé (j’ai sauté la ligne du formulaire !), donc je mets à jour !
    J’ai découvert le titre chez Inganmic et je constate qu’il t’a plu aussi. Pas persuadée qu’il me plairait mais je le tenterai éventuellement (un été 😉 ).

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Un site WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :