Quatre heures, 22 minutes et 18 secondes, Lionel Shriver

ultra-trails-mug-emailleRem se retrouve à la retraite anticipée. Il a tapé du poing du poing sur la table de sa supérieure hiérarchique qui n’avait tenu aucun compte de son rapport circonstancié sur les avantages des ampoules LED à Kelvin bas, pour nuancer l’éclairage public des rues de la ville d’Albany. Selon lui, elle donnent une ambiance plus chaleureuse que les Kelvin haut qui tranchent la nuit comme des couteaux. La supérieure en question, parfaitement incompétente, « protégée » par son statut de minorité oppressée par le « mâle blanc dominant » n’a rien voulu entendre.

En fait, Rem n’a jamais dominé qui que ce soit, ni sa femme, Séréneta, ni ses enfants.  C’est peut-être pour cela qu’à la soixantaine passée, il décide de courir un marathon. Sérénata en a la rage au coeur, parce que, depuis quarante ans qu’ils vivent ensemble, la sportive, c’est elle, celle qui domine son corps, c’est elle ( et on pourrait d’ailleurs dire que la domination  est agressive et égocentrique, voire écrasante). Depuis son enfance, elle pratique les activités physiques avec conviction et détermination, pour elle même, sans record ni gloire, sans exploits. D’ailleurs elle hait, méprise et conspue tous ceux qui courent, pédalent, nagent autrement qu’en solitaire, comme elle.

Dès l’annonce de Rem, elle lui déclare la guerre, d’autant plus que l’usage intensif qu’elle a fait de ses genoux ne lui laisse que la possibilité de faire quelques exercices sur les tapis de sa salle installée au premier étage, ou alors, celle honnie, de rester spectatrice des performances de Rem, sans compter qu’il est hors de question de l’encourager. Pourtant, la voix de Sérénata est chaleureuse, elle gagne sa vie en lisant et interprétant les personnages de jeux vidéos ou de livres audio. Elle est même capable d’une certaine forme de compassion envers sa jeune voisine au physique ingrat ou envers le père de Rem, dont le corps est vieillissant . Il faut dire que Rem manque lui aussi singulièrement d’empathie envers le dépit et les souffrances de son épouse, se parant des couleurs d’un perroquet au ventre rond, chaussures et équipements aux couleurs des tendances les plus criardes, gaspillant leurs économies en altères dernier cri.

Pour Sérénata, ce conformisme sportif est insupportable et elle ne se prive pas de balancer des regards sardoniques sur les débuts poussifs de son mari qui coure et nage comme un parpaing et un parpaing très lent … Elle est tellement garce que si il n’y avait pas l’ironie de sa langue de vipére envers le politiquement correct, je l’aurais bien poussée dans un fauteuil roulant, histoire de la clouer un peu loin de ses victimes.

Du début à la fin, elle déroule ses rancœurs et la crise du couple monte en puissance, Rem s’obstinant à ne pas écouter la voix de la raison de Sénénata , tenante du titre des généralités anti compétition et anti dépassement de soi, ridiculisant les penchants égocentriques qui gagnent les salles de sport et les organisation de trails de plus en plus extrêmes et qui prennent l’allure de marathons où l’on achève bien les chevaux. Mais Sérénata est elle aussi la cible de critiques, lui reprochant via les réseaux les accents de ses lectures audio, vues comme une appropriation culturelle. Comme elle est blanche, elle ne devrait lire que les voix des personnages blancs et inversement …

Ces thèmes tournent cependant vite en rond et le combat de coqs devient répétitif et longuet, entre Rem de plus en plus monomaniaque, complétement happé par une pratique qui frôle la folie et Sérénata autocentrée dont l’ironie devient caricaturale et lourdingue. Je me suis lassée de compter les points inutiles et je crois bien avoir battu mon record de lenteur à tourner les pages.

21 commentaires sur “Quatre heures, 22 minutes et 18 secondes, Lionel Shriver

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    1. Le propos est pertinent pourtant mais les personnages sont caricaturaux. Je ne suis pas certaine de lire un autre titre de cette auteure du coup, et visiblement, tu n’as pas plus d’enthousiasme que moi en plus …

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  1. Flûte ! Le roman « Il faut qu’on parle de Kevin » de cette autrice m’a envoyé une de ces claques littéraires mémorables : j’ai mis du temps à m’en remettre !

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    1. J’ai du mal à abandonner un livre, je me dis toujours qu’il va y avoir un rebond, un truc qui aurait pu m’échapper … et bien non ( en plus, ici, la fin est sacrément guimauve … ) C’est d’autant plus dommage que l’écriture est accrocheuse, vive et ironique à souhait !

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    1. Le propos est iconoclaste, les thèmes secouent une forme de bien-pensance mais la posture des personnages est rapidement fichée et du coup, je me suis pas mal ennuyée … Je m’attendais à un piège quelque part, genre Kévin, mais non …

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    1. Du coup, l’épilogue sonne complètement faux en plus, vu comment ils se tournent le dos pendant des pages …. Je ne suis pas certaine de retenter un titre de cette auteure, peut-être Les Mandible : une famille, dont une amie m’a dit le plus grand bien …

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  2. C’est vrai que les échanges entre mari et femme finissent par tourner en rond. En plus les personnages secondaires sont tous plus caricaturaux les uns que les autres mais au final j’ai quand même passé un excellent moment.

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    1. Je crois bien que les seuls personnages qui m’aient fait sourire sont les deux enfants du couple, caricaturaux également, mais je me suis dit qu’après tout, Rem et Sérénata les avaient bien mérités, ça me vengeait un peu de mon ennui …

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