Petit traité du jardin punk, Eric Lenoir

607410749Avant de livrer les moyens à mettre en œuvre pour punkiser l’espace public, l’auteur évoque la perception limitée de la nature dans l’espace HLM de son enfance. On a tous l’image de ces squares, coincés entre des barres d’immeubles, construits dans les années soixante dix, entre deux parkings et qui semblent avoir été plantés comme des prétextes fallacieux pour mieux faire pousser le béton autour. Bacs à sable à l’odeur d’urine de chats, rosiers faméliques, plantes de haies ordonnancée en carré, pelouse galeuse par plaques tondue  autour des balançoires …

Devenu professionnel du paysage, Eric Lenoir livre ses méthodes et ses conseils, à l’encontre de ces aménagements cloisonnés et dénués de vie, à l’usage attribué de point de nature pour enfants ( qui jouent ailleurs, la plupart du temps, ou grandissent et s’en vont, laissant l’usage aux crottes de chiens, ou autres …). Son credo est de faire passer cette nature urbaine du statut de décor artificiel à celle d’une beauté admirable par tous, à moindre coût, en faisant un pied de nez aux conventions des urbanistes, en jetant par dessus les moulins des boules à graines, en faisant fi des conventions du bien planter en des espaces dévolus et circonscris, en bousculant les limites du square pour faire place aux pousses sauvages.

Il part d’un constat de libération des graines : puisqu’on ne peut arrêter une graine portée par le vent, au lieu de contraindre les jardiniers urbains à l’arracher pour faire propre, laissons lui la place d’être belle sans nuire, les ronds points n’en seront pas plus laids que plantés de fleurs proprettes, replantées tous les ans et crevant d’anémie. Les espèces horticoles, privilégiées car taillables et apprivoisables, doivent être délaissées à leur tour, elles ont fait leur temps dans l’espace urbain. L’auteur souligne que les jardins publics n’ont pas été pensés au départ pour être évolutifs et que les soins que demandent les plantes pour y rester « belles » sont disproportionnés alors que des espèces endémiques ne perdraient pas leur vitalité puisqu’elles, elles seraient à leur place, non colonisées de force …

Jardins publics, friches, trottoirs, et même fêlures de nos rues, il faut ensauvager nos plantes bandes, nos pots de fleurs, nos bords de fenêtres, laisser le sauvage et donc le naturel capturer le paysage. Dans notre société post industrielle qui a tenté de mettre les mauvaises graines sous cloches, prendre le chemin de ce qui aurait du être raisonnable, s’émanciper d’un jardinage au cordeau, tenter le lâcher prise du sécateur, pirater les terrains vagues dans un esprit frondeur et sourire aux lèvres …

A vos bombes à graines !

11 commentaires sur “Petit traité du jardin punk, Eric Lenoir

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  1. est-ce qu’il y a des photos? je comprends très bien son idée de partir de la laideur pour faire du beau à l’aide d’une nature libérée. Je suis tellement d’accord sur les plantes proprettes ….

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    1. Il y a peu de photos, juste quelques unes en noir et blanc qui accentuent encore la laideur des squares entre les immeubles … Pour lui, la laideur c’est de forcer les plantes propettes à rester proprettes ! Envers et contre la beauté des graines qui ne demandent qu’à montrer leur beauté, si on les laisse faire ! Le ton est assez drôle, pas donneur de leçons du tout. J’appliquais déjà certains de ses principes dans mon jardin, sans le savoir, mais souvent, c’est juste du bon sens de jardinière !

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  2. Laisser tranquille les trottoirs et mon jardin, c’est ce que je fais, par paresse avouons-le… Mais de ‘plantes sont’ si belles! Ce livre m’intéresse donc.

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    1. Ce titre ne fera pas la révolution des plantes sauvages mais il apporte un éclairage pertinent et un début de réflexion sur la nature et l’urbanisme … je l’offrirai bien aux élus de ma commune !

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    1. C’est un texte assez court et dans une maison d’édition modeste et il ne coûte que 10 euros, je pense que cela explique le manque de photos, mais c’est sûr que le projet mériterait une diffusion plus en papier glacé, pour donner envie …

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