Dernier requiem pour les Innocents, Andrew Miller

Vue-sur-le-cimetière-des-innocents-21-fevrier-1786-Charles-Louis-Bernier-CopieEn cette fin de XVIII ème, un jeune ingénieur normand, de la Normandie bien rurale, mais quand même ingénieur ( enfin, disons qu’il a réalisé une passerelle d’agrément dans un jardin d’un aristocrate), débarque à Versailles. Un Versailles labyrinthique, poussiéreux, immobile, figé, où un ministre perruqué lui confie une mission à faire frémir les narines les plus endurcies. Le cimetière des Innocents déborde depuis trop longtemps, les ossements se font même la malle dans les caves voisines. Il faut le vider et transporter l’ensemble des ossuaires et jusqu’au plus petit fragment de squelette en dehors de la ville.

Jean Baptiste prend donc ses quartiers dans le centre de Paris, au cœur du petit monde qui n’est pas encore celui des Halles du ventre de la capitale, mais qui y ressemble quand même un peu, sauf que les temps sont troublés par un esprit pré révolutionnaire et que toucher aux ossements millénaires n’est pas forcément innocent, justement … Le lieu est plus que nauséabond, l’église est fermée, les dalles suintent la mauvaise haleine du prêtre fou qui y rôde encore. L’organiste, Armand de Saint Ménard,  est toujours à son poste et se fait le guide du jeune ingénieur. Il louche du côté des idées des Lumières, l’introduit au Palais Royal qui grouille d’activités louches et de plaisirs illicites, et Jean Baptiste se retrouve à côtoyer des pratiques qui le bousculent, en une sorte de dépucelage de l’esprit.  La mission traîne, mais c’est au profit d’un tableau historique assez bouillonnant : dans le quartier des Halles, certaines belles monnayent leurs charmes, comme la mystérieuse Héloïse, surnommée l’Autrichienne à cause de sa fierté froide. La petite fille du gardien du cimetière, quant à elle, a plutôt la grâce naïve des fées ou des feux follets. Elle initie Jean Baptiste aux chaos des fosses, dans le dédale des tombes entassées.

Dans ce qui est plus un cloaque qu’un cimetière, les restes des hommes n’ont plus aucune spiritualité, ils sont autant de montagnes à soulever et pas seulement à coups de pioches car les aléas sont nombreux, climatiques mais aussi politiques et religieux. Jean Baptiste, à son corps défendant, doit mener à bien une tâche qui le souille, lui pèse et le glace ; les hommes à la triste mine embauchés  sur le chantier peuvent être inquiétants, et son ami, avec lequel ils avaient rêvé d’utopie, plonge vers des démons intérieurs qui vont le dévaster et mettre la mission de Jean Baptiste sur la corde raide.

C’est donc un bon roman historique, et même un peu plus, par l’intérêt accordé à l’aspect psychologique collectif de l’époque. Les Lumières tardent à venir et Versailles reste vide, dans un silence de tombe.

10 commentaires sur “Dernier requiem pour les Innocents, Andrew Miller

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    1. L’histoire en elle même peine un peu à démarrer mais le tour d’horizon préalable permet d’en comprendre le contexte très singulier. Un roman intéressant pour son atmosphère un peu atypique pour un roman historique.

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  1. Hmm, cet aspect historique et noir à Paris me tente vraiment, et en plus il est à la bibliothèque, alors je note pour les vacances qui approchent petit à petit. Je ne connaissais pas du tout cet auteur. La description me fait un peu penser à l’atmosphère du Quinconce, de Palliser (mais à Londres, et sans les cimetières)

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  2. Tu vois? Il y a quelques mois, ce roman m’aurait laissé de marbre. Depuis mes cogitations et nouvelles envies (penchant vers l’Histoire), le roman d’Andrew Miller tombe à point. Je suis allée lire un long extrait et j’en redemandais! Hop, il est en commande. Et j’ai ajouté, tant qu’à faire, Oxygène, qui me tente tout autant. Je sens de belles découvertes à venir! Merci à toi!

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