Une saison à Hydra, Elizabeth Jane Howard

il_570xN.1897062446_297qJ’avoue que j’ai lu ce titre par frustration, la sortie du second tome de la de la Saga des Cazalet en poche se faisant sérieusement attendre. Sans être complétement dupe de la politique éditoriale qui mise sur cette frustration. Je m’attendais donc à être dubitative, mais il y avait Hydra dans le titre, et j’ai du mal à résister à une plume anglaise qui se balade en Méditerranée. Il peut y avoir ce charme décalé d’un exotique suranné d’une tasse de thé en dentelles qui transpire sous l’ombrelle, et ça, j’adore …

Ce titre remplit ce contrat de lecture et un peu plus même, sauf qu’Hydra n’arrive qu’en troisième place, après Londres et New York et surtout, après le monde du théâtre du début du XXème siècle où se jouent des marivaudages pas si innocents d’un trio qui devient quatuor à ses risques et périls amoureux … Le triangle est composé par Emmanuel Joyce, auteur dramatique à grand succès, il en est la pierre angulaire, même si sa femme, Lilian, joue les divas. Jimmy Sullivan, secrétaire, confident de l’un et de l’autre, metteur en scène, conseiller, est la pièce d’ajustement indispensable entre les deux et eux et le reste du monde, qui compte pour bien peu de choses, occupés que sont les trois à se frotter à leur préoccupations nombrilistes et blessures narcissiques.

Emmanuel a la soixantaine, d’un milieu modeste et juif, il a conquis la gloire. Infidèle, généreux, attentif aux autres, despote admiré et indifférent, insensible et perméable, il protège Lilian comme une boite à bijoux et un poids qu’il ne peut abandonner. Elle, son amour pour Emmanuel la cloisonne dans un rôle de femme capricieuse, jalouse de tout ce qu’il ne peut, ou ne veut, lui donner en plus. Son corps, dont elle prend grand soin, est fragile, cassé, il limite son existence comme son chagrin, dans lequel elle se perd, celui de la perte de leur petite fille, Sarah, il y a plus de dix ans. Depuis la disparition subite de l’enfant, entre les deux personnages, s’est tissé un gouffre de non dits et d’attentions, d’exaspérations mutuelles. Le statut quo est sans cesse à reconstruire. Jimmy, le complice d’Emmanuel, qu’il admire, et parfois, celui de Lilian, touché par sa détresse, agacé par elle, vit par procuration, ramasse les morceaux et y trouve toute satisfaction.

Le trio est à Londres, où triomphe la dernière pièce d’Emmanuel mais l’actrice qui tient le premier rôle ne les satisfaisait pas. Elle ne peut l’incarner à New York où la pièce doit être produite. D’autres auditions sont donc prévues, les valises sont prêtes à être bouclées, le trio boit un dernier drink après ce qui devait être le clap final de leur séjour londonien. Sauf que l’infidélité d’Emmanuel les rattrape sur le pas de la porte en la personne de Gloria, la secrétaire et la maîtresse très provisoire du maitre, et voilà l’organisation du trio bouleversée, il faut trouver une nouvelle secrétaire en plus d’une nouvelle actrice. Ce qui va les occuper un bon moment, car on est très loin d’un roman d’action. Au contraire, dans ce monde ouaté, toutes les décisions sont sujettes à des analyses psychologiques pointues, à des introspections subtiles, à des dissections de sentiments contradictoires, à des états d’âme changeants comme des paysages anglais par temps de brouillard …

Entre ces trois dilettantes, s’introduit une autre voix, celle d’une toute jeune fille, sortie directement de son Dorset natal, avec des principes moraux d’une simplicité confondante pour nos trois spécialistes des sentiments tordus. Elle est parfaite dans le rôle de l’ingénue, si parfaite qu’elle rebat les cartes sans même le vouloir, et redistribue les rôles convenus.

La trame est donc assez classique mais les personnages sont riches en rebondissements intimes, en trahisons d’eux mêmes, touchant du doigt ce qui aurait pu être, entre nostalgie et subtilité.

23 commentaires sur “Une saison à Hydra, Elizabeth Jane Howard

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  1. L’auteure m’a conquise avec la Saga des Cazalet et je pense que je continuerai à la découvrir une fois celle-ci terminée car j’aime à la fois son écriture mais également, comme souvent dans la littérature anglaise, la profondeur qu’elle donne à ses personnages même si ici le thème me convient un peu moins 🙂

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    1. Je n’ai lu que le premier tome des Cazalet mais ce qui m’a fait envie ce jour là dans la librairie, c’est de retrouver de la littérature anglaise, j’ai d’ailleurs acheté en même temps un titre de Daphné Du Maurier que je ne connaissais pas et deux autres classiques que j’ai à découvrir.
      Dans la saga, il est certain que les thématiques sont plus diversifiées que dans ce titre çi, essentiellement centrée sur les aléas des sentiments, nouveaux ou vieillissants.

      Aimé par 1 personne

      1. Ce n’est pas moi qui vais te contredire…. J’adore la littérature anglaise depuis longtemps et de plus en plus, elle exerce sur moi un charme que je n’arrive pas toujours à expliquer mais c’est un refuge qui ne me déçoit que très rarement (je parle en particulier des classiques mais quelques contemporains également) 🙂

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  2. J’étais un peu plus mitigée que toi après lecture de ce roman, je me suis ennuyée un peu avant d’arriver à Hydra, mais j’ai bien aimé la fin. Je préfère les Cazalet (2 tomes lus pour l’instant)

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    1. Tu as bien raison, on attend pas mal Hydra ! Mais une fois arrivée, j’ai trouvé que cela en valait la peine, l’écheveau sentimental se resserre et je suis d’accord avec toi aussi sur la fin, qui évite à la fois l’eau de rose et le drama show.

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    1. Alors là, pas la peine d’insister, c’est certain ! C’est dommage que tu ne publies plus, j’aurais été curieuse de savoir ce qui t’a ennuyé … On ne sait jamais, tu reprendras peut-être la plume ?

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  3. J’ai bien aimé, même si Hydra arrive tard! Pour les Cazalet, j’attends que ça se tasse, que les 5 soient à la bibli, et pas attendus par une masse de lecteurs. d’ici là, j’ai à lire. ^_^

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    1. Moi, j’attendais Hydra, parce que j’adore la Grèce, et que j’adore la Grèce racontée par une plume anglaise ( et l’Italie aussi …), mais je ne me suis pas ennuyée ni à Londres, ni à New York, on a le temps d’y faire connaissance avec les personnages !
      Pour ta capacité à lire plein de titres qui me font envie, je n’ai aucun doute !

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  4. Ah, le charme des romans anglais d’hier…
    En plus du Daphné Du Maurier, quels sont les deux autres classiques que tu comptes découvrir?

    Je file lire Jane Eyre! Et, éventuellement, si l’engouement d’une saga me prend, je filerai du côté des Cazalet.

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    1. Hélas, j’ai déjà lu Jane Eyre … Et Les hauts de Hurlevent aussi …. et Austen … Il me reste à découvrir Maurice, de Forster, écrivain que je déguste depuis un petit petit moment et un Hardy que je n’ai pas encore dévoré, Jude l’obscur …

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