Le silence d’Isra, Etaf Run

arton911L’histoire d’Isra Hadid commence en 1990, à Bir Zeit, en Palestine, elle a 17 ans et il est temps de la marier. Elle fréquente une école pour filles mais l’essentiel de son éducation ( si l’on peut utiliser ce mot …) est celle de son destin de femme, l’obéissance, et sa vocation, le bayt wa dar, un condensé pour foyer et maternité. Dans ce monde où les filles sont un fardeau financier, où battre sa femme et ses enfants est un signe de virilité, Isra, elle, n’aime rien d’autre autant que lire et relire les contes des mille et une nuits, même si sa mère le lui interdit. Cette femme, d’une tristesse insondable, fait barrage à toute démonstration d’affection, elles passent pourtant leur journée ensemble, à farcir les feuilles de vigne, avant la soupe aux lentilles, dans la chaleur de la cuisine.  Les journées sont rythmées par les cinq prières quotidiennes. Ce moment est d’ailleurs le seul où la jeune fille est proche de sa mère, où elle peut sentir un peu de chaleur lorsque leurs chevilles se frôlent. Pas d’horizon pour Isra, si ce n’est dans le jardin l’odeur des figues et des amandes.

Le prétendant vient de New York, il se présente avec son père et sa mère, comme il se doit. La famille d’Isra tient à ce mariage, une vraie aubaine à ne pas laisser passer, la jeune fille accomplit les gestes attendus,  sert le chai, verre d’eau et feuille de menthe, puis le café. L’ordre est un signe de respect bien connu de la jeune fille, qui pourtant ce jour là se trompe … Le mariage se fait quand même, une semaine plus tard, alors qu’Isra ne connait pas beaucoup plus de son mari, Adam, que le liseré blanc des chaussettes écossaises aperçu à la frange de son voile, le jour des présentations.

Malgré tout, Isra ne peut s’empêcher d’espérer, quand même pas d’un amour à la Sinbab le marin et Shera, mais à quelque chose d’un peu mieux qu’en Palestine. A Brooklyn où vit sa nouvelle famille, Farida, la mère, tient les rênes du ménage, Khaled, le père s’assoit à table, Sarah, la jeune soeur d’Adam, tente de résister, Adam fait tourner l’épicerie pour tout le monde. C’est son devoir d’ainé, les deux autres frères dépendent aussi de son labeur. Le quartier de Bay Ridge fait 7 kilomètres, c’est un quartier très mixte où vivent les exilés palestiniens, repliés sur eux mêmes et sur leurs traditions. Des odeurs cosmopolites, de churros, chiche kebabs, des bars à chichas et des boucheries halal, Isra ne voit rien ou presque, enfermée par son devoir dans la maison de briques rouges passées et à la porte marron, dans le sous sol, où sa solitude l’écrase. Et où l’enfer commence.

En 2008, Deya ne garde souvenir de sa mère, Isra, que de son silence, de son regard las, et d’un après midi au parc, ses parents assis chacun de chaque côté de la couverture sur l’herbe, murés, inaccessibles, figés. Ils sont morts depuis 10 ans et Daya a grandi avec ses sœurs dans la même maison de Bay Ridge sous la même férule de Farida, et il est temps de lui trouver un mari, à la fille aînée d’Isra. L’histoire semble se répéter.Les deux personnages Isra et Daya se coltinent les mêmes préjugés, les mêmes contraintes, dans une communauté étanche, imperméable à tout changement, où les femmes ne sont que des victimes. On étouffe avec elles, dans cette oppression transmise de femme à femme, de grand mère en petite fille. Sortir du huis clos est à la fois un déchirement et une nécessité.

Malgré la qualité du propos, j’avoue de pas avoir été complétement convaincue, il manque une voix juste aux personnages, ou un regard plus distancié qui aurait pu éviter le systématique dilemme entre les aspirations personnelles et le poids des traditions.

Challenge petit bac, première ligne, catégorie ponctuation

Petit bac 2022

11 commentaires sur “Le silence d’Isra, Etaf Run

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    1. Très romanesque ? Tu veux dire romancé ? Si c’est dans ce sens là, il est vrai que je ne suis parfois aussi fait la remarque d’une construction quelque peu arrangée, concernant le personnage de la tante par exemple et ses rencontres avec Deya.

      Aimé par 1 personne

    1. La mère, Isra, tente de se faire aimer de son mari et de sa belle famille, elle est totalement sous l’emprise de ce sentiment d’infériorité. Sa fille et Sarah, la jeune belle soeur sont plus pugnaces, mais le carcan est bien serré. Du coup, comme je le dis à la fin de la note, on oscille sans cesse entre tentatives d’y échapper et désir de reconnaissance et d’amour.

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