Peau d’homme, Hubert et Zanzin

1136_peau5Dans une Florence de la Renaissance, revisitée mais reconnaissable par les références aux artistes, à un certain art de vivre, et à la réincarnation de Savanarole, une vraie jeune fille de bonne famille attend la fin des transactions nécessaires à son futur mariage. Elle devait épouser le père d’une autre bonne famille et finalement, elle a de la chance, ce sera le fils, Giovanni, qui a quand même meilleure allure. Les femmes de son entourage, sa mère en tête le lui répètent bien, de toute façon, l’amour et le mariage n’ont rien à voir, il faut se contenter de la loterie du sort. Bianca est plutôt docile, tout en regrettant de ne pas connaître davantage son promis. C’est sa tante qui va le lui permettre en lui révélant que les femmes de la famille possède une peau d’homme, Lorenzo. Elle fut un peu étroite pour une de ses tantes, Thérésa, qui en fit un joyeux usage libertin avant de rentrer au couvent, mais Bianca l’enfile comme un gant. Et elle file découvrir son futur mari dans son milieu naturel, une taverne où une compagnie virile lui fait écho. Giovanni s’y soumet volontiers aux codes grivois et attendus de la grossièreté misogyne.

Lorenzo est beau, très beau, la cuisse longue, le cul rond et sa peau semble de pêche, il s’attire les foudres de son propre frère, Angelo, moine fanatique obsédé par le désir et qui voit le stupre et la débauche à tous les coins de rue, comme d’autres la vierge Marie.  Puis, rapidement, c’est Giovanni qui le trouve à son goût, si bien que Bianca se retrouve coincée dans son corps d’homme dans un amour qui n’est pas pour elle, alors que montent dans la ville les sermons de l’intolérance qui mettent à mal le corps des femmes et les désirs, invertis ou non.

L’album est très séduisant, les dessins sont très délicatement faits, façon images d’album de contes de fées, les couleurs pastels soulignent la beauté des corps et l’innocence des visages. Ils évoquent une douce sensualité, légitimant la décence du désir et le goût de la caresse. Le propos est clairement féministe, mais avec, ce qui m’a dérangé, un regard masculin. Il ne s’agit pas d’inverser les codes pour en dénoncer l’artificialité. En endossant la peau de Lorenzo, Bianca apprend à avoir l’allure d’un homme, la démarche, les propos … Et quand elle redevient femme, elle doit retrouver le roulis des hanches féminin … ( je suis certaine que je ne roule pas des hanches quand je marche, et je ne pense pas, d’après ce que je vois tous les jours que je soit la seule …) La belle Bianca et le beau Lorenzo tiennent des propos qui font fi des préjugés et dont ils n’ont pas à rougir, mais les dialogues sonnent parfois faux, par trop d’évidences militantistes explicites, là où l’implicite aurait suffit.

Finalement, c’est un album qui est très agréable à lire, et qui a le mérite d’interroger la notion de genre, mais le travestissement est une limite, me semble-t-il, prendre une peau d’homme raccourcit le propos à la problématique de l’apparence. Le rôle social est une autre « comédie » à jouer.

2 commentaires sur “Peau d’homme, Hubert et Zanzin

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