Là où chantent les écrevisses, Délia Owens

téléchargement (1) La famille de Kya  survit dans une cabane du fond des marais, parias échoués là par la faute du père, des ses excès, mensonges et fuites. Ma a tenté de colmater la chute, confectionnant  pains de mais et plâtrés de gruau pour sa nichée. Mais un jour, ses chaussures en faux alligator aux pieds, sans même un geste de la main pour sa benjamine, elle a disparu au bout du chemin incertain. Contre toute évidence, Kya espère le retour de sa mère, une renarde n’abandonne pas ses petits. Mais parfois, si … Ma est la premiere à l’abandonner, ses quatre frères et sœurs fuiront eux aussi rapidement la violence du père, la misère humide et collante où même le chant des goélands a des échos de sinistrose. A six ans, Kya se retrouve donc seule avec un père à la présence clignotante, aux humeurs imprévisibles, taciturne colérique, alcoolique. Dans une brève période de répit, il lui apprend à pêcher, comme le dernier frère à partir, Jodie, lui avait appris à se cacher dans les tourbières qui longent la côte de Caroline du Nord, qui ne sont que marécages ingrats.

Kya se terre, apprend les moyens de sa survie en milieu hostile, qui ne sont pas pour elle, les marais mais la société des hommes, les règles qui font qu’elle devrait aller à l’école du petit port voisin, Barley Cove, dont les habitants semblent peu enclins à la générosité. Kya devient la fille des marais, à la réputation douteuse. Elle grandit, sauvage et belle, et accumule un savoir inédit sur la faune et la flore de sa géographie intime, cet univers de lagunes, de végétations troubles et d’oiseaux. Elle en collectionne des spécimens, réalisant des assemblages qui envahissent la cabane. Deux jeunes hommes font incursion en son domaine, Tate, puis Chase. Le premier l’aime et l’abandonne, le deuxième l’aime bien et la trahit. Quelques temps plus tard, le corps du second est retrouvé disloqué en bas de la tour de guet. Le marécage a englouti tous les indices. Sauf que le collier au coquillage, vestige fétiche de sa relation avec Kya n’a pas pu être enlevé par la marée.

On a donc deux points de départ, la petite fille abandonnée dans les marais dans les années 50 et 20 ans plus tard, le probable assassinat d’un jeune homme, peu sympathique, rouleur de mécanique, genre caïd de petit port de pêche à la crevette. Les lignes étant forcément convergentes, faut juste remonter le fil, ce qui n’est point désagréable. Kya est une héroïne fort convenable, bien calibrée pour survivre dans les méandres mystérieux des criques, sur fond de cris de goélands ( qu’elle nourrit régulièrement, ce qui m’a fait sourire, je n’ai jamais entendu parler d’un goéland qui ne trouverait pas tout seul de quoi manger, et les goélands, vu où j’habite, ça me connait … Et si Luocine passe lire cet article, je pense qu’elle pourra confirmer cette remarque ornithologique éclairée). Quelques fils rattachent le récit de l’apprentissage de la petite fille abandonnée à l’adolescente naturaliste à la communauté des hommes et femmes du comté de Barley : l’épicier noir et sa femme, rares point d’appui de sa survie, permettent de survoler le ségrégationnisme. Louangée de bout en bout, la nature marécageuse peu avenante est sublimée, diluant parfois la rudesse de la survie en un hymne qui ne manque pas de charme, même si l’itinéraire de Kya vers la solitude, puis la reconstruction, est prévisible.

Challenge petit bac, première ligne, catégorie art

Petit bac 2022

30 commentaires sur “Là où chantent les écrevisses, Délia Owens

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    1. Je te rejoins parfaitement, il n’y a pas que le coup des goélands qui m’a fait sourire ( à la limite du ridicule ….), le procès est aussi crédible qu’une mouette rieuse …

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    1. En fait, l’engouement, je le comprends, c’est un roman où la nature est sublimée, les marais putrides sont métamorphosés, l’héroïne a quelque chose de Cendrillon … On aime parfois les contes de fées !

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  1. En gros, même avis que Mumu. J’ai aimé tout le début, mais après j’ai trouvé que les ficelles étaient grosses et qu’il y avait pas mal d’invraisemblances.

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    1. Ce qui a contribué aussi à mon décrochage progressif … Avec l’apparition du personnage de l’épicier noir, je me suis dit que le récit allait prendre une dimension plus complexe et plus réaliste. Ce n’a pas été vraiment le cas.

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    1. Je pense qu’il a beaucoup plu parce qu’on peut se laisser aller à rêver …. Et puis, on comprend assez vite que les enjeux du récit sont assez simples, comment l’héroïne va-t-elle grandir dans un monde hostile ? Alors, c’est comme le bois flotté, c’est joli et tu n’as rien à faire qu’à te laisser porter !

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    1. On me l’a offert, (et oui, il y a encore des personnes qui prennent ce risque). Je n’avais jamais été tentée, à cause de son grand succès justement … Mais si tu choisis une période de fatigue ou d’envie de rêver à un monde meilleur, il sera parfait !

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  2. Moi aussi, j’ai passé un bon moment avec ce roman, même si je préfère ne pas trop réfléchir à la vraisemblance 🙂 Pour ce qui est des goélands (que je connais bien aussi) pour être juste, il faut dire qu’elle ne dit pas qu’ils ont besoin d’elle pour se nourrir. On a plutôt l’impression que c’est elle qui a besoin de les nourrir pour se sentir unr place dans le monde. et pour qu’ils ne cessent pas de venir, la laissant seule, eux aussi.

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    1. Tu as raison pour les goélands et leur rôle dans le roman, mais je déteste tellement ces bestioles que je ne m’imagine même pas en approcher un dans une intention autre que celle de le chasser de mon périmètre, surtout quand j’ai un sandwich à la main.

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    1. Je n’avais même pas lu d’avis, j’ai vu ce titre apparaitre tellement de fois sur inoreader que, comme souvent, je me suis méfiée d’un enthousiasme généralisé. Du coup, je n’ai pas vu les bémols avant ma lecture, maintenant, je lirai tout !

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  3. Bah, moi, je n’ai pas honte d’avoir aimé ce roman. Je n’ai pas compris les avis vraiment trop louangeurs, c’est pour moi un bon roman, avec des beaux personnages et une intrigue assez complexe pour être intéressante, mais pas le livre du siècle, ni même de l’année !

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    1. Ben non, il n’y a pas à avoir honte ! Ce n’est pas le livre de l’année, mais on peut y passer un moment de fort agréable, sans être trop secoué … Evidemment, ce n’est pas Le prince des marées de Pat Conroy ! Je ne sais pas si tu connais ce titre, qui se passe dans la même géographie, mais pas dans la même dimension littéraire.

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  4. Je me suis laissée porter par le récit en ayant en tête la référence que tu cites Athalie : le prince des marais et le magnifique film Le Sud des bêtes sauvages.
    J’ai passé un bon moment de lecture et ne me suis même pas agacée des quelques invraisemblances, jusqu’au procès, un peu longuet…
    Mon libraire a remis en avant le Prince des marais, version poche ; j’ai presqu’envie de le relire (ce que je ne fais jamais)
    AdN

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    1. Moi non plus, je ne relis jamais … Mais j’ai refeuillé Le prince des marais en cours de lecture du chant des écrevisses, et je n’aurais pas dû. Juste la première scène et j’étais repartie dans la fureur poétique de Melrose ! Et oui, tu as raison, on peut aussi évoquer le film Les bêtes du sud sauvage. là encore la survie de l’héroïne a une autre dimension que celle de Kya !
      Alors on peut apprécier une lecture plus douce de temps en temps …

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      1. Si. Mais ils sont beaux et libres… Ils dansent sur le vent. Ils raccompagnent au port les navires de pêche. Et ils ne prennent tes affaires que si tu as peur d’eux. Sinon, ils n’insistent pas.

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