La soustraction des possibles, Joseph Incardona

Jean_CalvinAldo est professeur de tennis. Il n’a pas lu Madame Bovary, mais les femmes mal mariées en mal d’amour, il connait. Il les pêche sur le cours du parc des Eaux Vives, un complexe de loisirs et bien être haut de gamme situé sur la rive gauche de Genève, et qui descend en pente douce vers le lac. Univers de privilèges et de frustrations. Et Aldo n’a aucun mal à enflammer le corps et le cœur d’Odile, stéréotype de ces femmes de nantis, riches, désœuvrées, encore belles mais qui ont le sentiment des dernières fois de la séduction. Sous son clinquant de bad boy, Aldo a faim, il veut devenir golden boy, il veut plus, beaucoup plus que le rôle de gigolo, tant aimé, caressé, protégé.

Dans ces années là, les années fric de 80, dans ces milieux là, la richesse s’étale sans vergogne. Peu importe les moyens, les origines des fonds, leur utilisation et même leur véracité. L’argent est quasi virtuel tant il circule. Aldo fait son entrée par la petite porte et malgré l’entregent d’Odile, il se heurte à la porte de son Nirvana, l’odeur des grosses cylindrées et la profondeur des fauteuils en cuir.

Si ce personnage de gigolo est si convainquant, presque touchant, il le doit au registre ironique, sarcastique avec lequel il est présenté et, en tant que lecteur, on a presque en main dès le départ toutes les cartes de son échec.  Presque … Parce qu’on pourrait croire lorsque apparait la complice, l’alter égo d’Aldo, Svetlana. Belle, ambitieuse conquérante, sans aucun scrupule. Elle, elle a déjà un pied dans le Nirvana. Elle est presque au bord du lac des gros poissons, celui du blanchissement à l’échelle mondiale, trafic d’influence, mafia russe, corse, paradis fiscaux, prostitution de luxe, sexe et pouvoir. Elle est en route pour un parcours quasi sans faute dans les eaux troubles. Elle maitrise les gammes à jouer, pas lui. Il est la carte faible.

Un couple amoureux, immoral, qui veut sa part des paradis fiscaux, dont l’écriture ne voile aucun cynisme, c’est audacieux,  mais le déséquilibre entre les forces en présence ne m’a pas convaincue complétement, le levier m’a paru faible pour creuser la brèche de l’ultra libéralisme. On prend quand même bien du plaisir aux saillies du langage, au rythme des sarcasmes, la voie off est impitoyable dans le pays du calvinisme capitaliste.

17 commentaires sur “La soustraction des possibles, Joseph Incardona

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    1. J’ai entendu un podcast où il en était question, à propos des années dites fric, de la fin des années quatre vingt ( comme si les nôtres ne l’étaient pas …) et le titre me disait vaguement quelque chose. Franchement, ça se lit bien. Tu trouveras une occasion …

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    1. Il est vrai que l’itinéraire de deux arrivistes, profiteurs, dans le milieu de la haute escroquerie au pays de Cavin, à priori, ce n’est pas non plus un casting qui m’attire. Mais finalement, comme l’écriture met beaucoup de distance, on peut regarder les personnages s’agiter sans grande compassion.

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    1. On s’amuse bien, c’est très caustique. On rit quand même un peu jaune, parce que les dindons de l’histoire ne sont pas très moraux, mais les autres, ceux qui tirent les ficelles, sont visqueux.

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  1. Tout comme toi, une part de plaisir dans la lecture ce roman assez jubilatoire dans le caustique mais pas très convaincue quand même dans l’ensemble.

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    1. La construction d’ensemble fait se succéder des épisodes genre puzzle et il y a des pièces qui coincent, comme le vieux mafieux corse et sa soeur dont je me suis vraiment demandée comment ils étaient arrivés dans le monde du secret bancaire suisse …

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  2. Ils ne sont pas très intéressants ces gens-là, du moins c’est l’idée que je m’en fais. Du coup, pas très envie de lire une histoire sur eux, quelque soit le talent de l’auteur.

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    1. Comme le dit A girl, il y a du plaisir dans la causticité de l’écriture, mais bon, je conviens facilement que ce n’est pas suffisant pour adhérer aux aventures de nos deux prédateurs, qui trouveront plus forts qu’eux … !

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    1. Il y a des réserves, mais c’est un titre qui ne fait pas dans la dentelle envers le système pervers qui permet des réussites bien « sales ». Et le sujet n’est pas des plus glamours, alors, la prise de risque de l’auteur est quand même à retenir.

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  3. Très tentée par ce titre dès sa sortie (parce que j’ai beaucoup beaucoup aimé « Derrière les panneaux il y a des hommes », de ce même Incardona, bien que les deux titres me semblent complètement différents), j’ai ensuite réfréné mes ardeurs, après quelques avis mitigés (j’ai l’impression d’écrire un peu le même commentaire que sur « A la ligne » ! – je dois vraiment être quelqu’un de très influençable !!). Je reste attirée par la thématique et la manière dont elle est traitée, et disons que je serai prévenue quant à ses limites narratives..

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    1. Un commentaire presque similaire pour deux titres que tout oppose, l’écriture, les univers. Ils ont malgré tout en commun d’être à charge contre un système financier qui broie les hommes, les rabaisse, les humilie ou leur fait miroiter des ambitions bien mesquines …
      Et les deux sont aussi restés un bon moments sur mes étagères ( je fais du vide en ce moment, parce que Etonnants Voyageurs arrive …)

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