Il était une ville, Thomas B. Reverdy

f86f07_69bf27c03a6e4e43878d29801d4cdb12_mv2Lorsque Eugène débarque à Détroit, il est encore adepte de la théorie de Taylor, un peu échaudé par un échec en Chine, mais toujours attaché à l’idée qu’un employé peut améliorer son score, qu’une fois le score établi, ou l’objectif fixé par l’entreprise ( on peut aussi le dire comme cela) atteint, le système permet de générer automatique l’espoir du prochain. La perfectibilité est donc infinie. La machine fabrique l’avenir à atteindre et chaque effort de rentabilité se voyant récompensé, la marche vers la progression est assurée. Du moins, en théorie. Parce que Eugène se demande quand même si la nouvelle mission qui lui a été confiée à Détroit n’est pas plutôt un purgatoire. Mais Eugène aime croire au paradis, du moins en théorie …

Ce qu’Eugène ne sait pas encore, c’est que l’entreprise l’envoie au casse pipe : alors qu’il met les pieds dans ses bureaux au 13 étage d’un gratte ciel qui n’est pas encore complétement déserté, où la climatisation fonctionne encore, il pense mener à bien le projet qui lui a été confié : mettre au point le prototype de la voiture du futur. Pour cela, il est entouré d’une équipe de spécialistes internationaux, aussi parachutés et paumés que lui, et d’un soutien logistique, incarné dans la personne de Patrick, au sourire peu fiable.

A Détroit, le rêve américain est déjà devenu cauchemar. Il y a eu les émeutes, et puis la Catastrophe. Les maisons se sont vidées, les habitants qui le pouvaient ont déserté, ceux qui restent se demandent comment ils vont survivre dans cette ville en décomposition, où plus rien de fonctionne, dans un mouvement vers une apocalypse lente, la banqueroute est programmée. La ville ne le sait pas encore, mais il est déjà trop tard. Les voitures de police sont tombées en rade, faute d’entretien et de renouvellement, les services publics ferment, la criminalité flambe, comme les maisons le soir d’Halloween, sans que les pompiers ne se déplacent,  » que le dernier qui parte éteigne la lumière » …

Le sergent Brown cependant ne désarme pas complétement, malgré les dossiers abandonnés : des centaines d’enfants ont disparu, la ville semble les avoir engloutis dans les ruines de la zone, le désert urbain en friche qui s’étend du centre, au point que la ville devient une sorte de donut géant et glauque où rôdent les chiens sauvages.

Eugène croise Candice, la serveuse du drive-in, son rire est une oasis. Il aperçoit aussi, au détour d’un coin de rue Charlie et le, copains de la petite bande, le Gros Billet et Stroger. Ils n’appartiennent pas à un gang, ils sont encore dans l’enfance, mais l’appel de l’aventure vers la zone éveille des souvenirs de jeux d’Indiens …

L’auteur met en place la métaphore de la légende du joueur de flute pour dénoncer les attraits du capitalisme, le système qui justement attire ceux qui le peuvent vers un bonheur qui serait  » au bout de la route », toujours à atteindre et toujours en avenir, et laisse au bord de ce chemin ceux qui n’ont pas pu suivre. Même si le livre date un peu, et que la catastrophe des subprimes a été suivie de tellement d’autres, qu’elle peut apparaitre comme appartenant à la préhistoire de la Crise, un premier soubresaut, un avertissement vite oublié du tremblement de terre qui s’est propagé, la métaphore fonctionne bien encore.

L’auteur laisse cependant à ses personnages des portes de sortie, minces et fragiles, un lac, un rire, une grand mère, un enfant …

logo ville

Publicité

23 commentaires sur “Il était une ville, Thomas B. Reverdy

Ajouter un commentaire

    1. Je n’ai lu de lui qu’un seul autre titre, « Les évaporés », qui ne m’avait pas vraiment convaincue, mais ce titre si est bien prenant et j’ai beaucoup aimé son regard sur les cause du déclin de cette ville. J’irais voir chez toi les autres titres à découvrir.

      Aimé par 1 personne

      1. C’est l’un des rares que je n’ai pas encore lus !
        Au plaisir d’y échanger alors ! Par contre ils ne sont pas tous chroniqués sur Pamolico : j’ai lu sa trilogie autobiographique (très belle mais exigeante) et celui sur le 11 septembre avant d’avoir mon blog.

        J’aime

    1. C’est un livre assez engagé dans le propos économique, qu’on apprécier pour son écriture aussi. C’est finalement plus romanesque qu’il ne le semble au départ. Je me suis laissée prendre par le personnage d’Eugène en tout cas. Je te le conseille.

      J’aime

    1. J’ai lu trop peu de titres de Reverdy pour juger, mais j’ai beaucoup apprécié cette lecture. Un peu froide au départ, très descriptive, mais au fur et à mesure les personnages (même peu nombreux) m’ont accrochée à leurs histoires.

      Aimé par 1 personne

    1. Bien pratique ton A à Z pour retrouver tes chroniques ! Et je te rejoins effectivement. Au départ, l’aspect descriptif et post apocalyptique m’a un peu laissée dubitative, et puis le paysage urbain prend forme et s’anime de ce ces personnages qui résistent, malgré tout.

      J’aime

    1. J’ai regardé pas mal d’articles à la suite de cette lecture pour avoir une idée de ce que la ville était devenue depuis … C’est très partiel, bien sûr, mais il semblerait que des projets voient le jour, notamment autour de potagers urbains. C’est une de ces réalisations que j’ai choisie en illustration.

      Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Un Site WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :