Point de fuite, Elizabeth Brundage

fuite-d-eauLe récit tisse les voix d’un quatuor, deux couples, dont les rancœurs intimes explosent autour de l’existence d’un enfant, devenu jeune adulte, qui est parti à la dérive. Les liens complexes qui les lient se dévoilent de narrateurs en narrateurs. Mais tous ne disent pas la vérité …

Trois se sont rencontrés lors d’une formation à l’atelier Brodsky reconnu pour son exigence et ses découvertes de jeunes talents dans le domaine de la photographie Julian, Rye et Magda ont chacun un œil différent, des partis pris esthétiques, et des relations ambiguës. Ils se sont perdus de vue depuis depuis plus de vingt ans, du moins c’est ce que nous laisse croire le premier narrateur, Julian, alors qu’il apprend la mort de Rye, marié à Simone, la quatrième narratrice.

Julian a échoué dans la publicité pour laxatifs alors que Rye est reconnu comme un créateur de génie, un révolutionnaire dans l’art du portrait, un humaniste de la misère humaine qu’il saisit dans un regard,  une ride, une nudité accordée. Le moins que l’on puisse dire est que, malgré son aisance financière, Julian lui voue une jalousie certaine mais larvée … D’autant plus que tous les deux furent amoureux de Magda, sans être vraiment rivaux d’ailleurs, Julian n’ayant pas vraiment les moyens de lutter contre le talent séducteur de Rye. Lui, son truc, c’était les paysages vides et minimalistes dont il pensait rendre la spiritualité mystique visible. Son échec, il le met sur le compte de la malchance mais on sent bien qu’il n’y croit pas vraiment, et les autres pas du tout. Rye, c’est l’oeil du mec qui a tout sur ceux qui n’ont rien, Julian celui de la sècheresse du cœur et Madga, issue du quartier polonais de Richmond, celui de la force des visages de sa communauté, le quotidien des femmes, le travail ordinaire, le linge à étendre dans les jardins, les voisins édentés attablés autour d’un café … Une des grandes qualités de ce roman est que ces photos, on les voit vraiment dans sa tête, l’autre est la qualité des mensonges auxquels on se laisse prendre …

Dès le départ, on sent bien qu’il est louche le Julian à s’incruster à l’enterrement de Rye, sans se douter de ce que cache la dernière étreinte où il a laissé sa femme en larmes, son silence sur ce fils dont il ne veut pas parler. Petit à petit, on comprend qu’il n’est pas le seul à avoir fait des compromis peu reluisants avec soi même et que le point de fuite est atteint.

Sans être magistral, c’est un bon roman sur la position artistique, la photographie, on a parfois l’impression de feuilleter un album, de percevoir les couleurs de Rye, le noir et blanc de Magda, mais aussi sur les faux semblants sociaux et affectifs.

C’est un article de Mumu dans le bocage qui m’a conduite à ce roman, qu’elle en soit remerciée, si elle passe par ici …

https://mumudanslebocage.wordpress.com/2022/08/25/point-de-fuite-de-elizabeth-brundage/

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11 commentaires sur “Point de fuite, Elizabeth Brundage

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    1. Que je ne connais pas encore, mais c’est drôle le choix des titres, il y a dans les deux une histoire de perspective … J’ai choisi celui ci parce qu’il parlait de photographie. Et les descriptions de ces œuvres qui n’existent pas sont particulièrement réussies.

      Aimé par 1 personne

    1. J’ai bien aimé cette découverte, mais en même temps, cette écriture me fait penser à pas mal d’autres autrices américaines, sans que je puisse en nommer une en particulier … Peut-être Siri Hustveldt … En moins intello.

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