De bons voisins, Ryan David Jahn

Photograph-of-Austin-Street-looking-down-onto-the-scene-of-Moseleys-first-attack-TheL’auteur s’inspire d’un fait divers qui fit grand bruit au USA, le meurtre de Kitty Genovese, à New York, en 1964. A partir de ce qui s’est passé cette nuit là, une théorie du comportement social a été établie, nommée « l’effet du voisin » : plus les témoins d’un acte violent sont nombreux, moins ils réagissent individuellement, la responsabilité se diluant dans le nombre.

La jeune fille a été tuée au pied de son immeuble, situé dans le quartier du Queens. Elle rentrait de son travail à trois heures du matin et était pistée par un homme qui l’a agressée, l’ a poignardée de plusieurs coups de couteaux. Elle réussit à s’échapper, il l’a retrouvée, l’a violée, l’a blessée à nouveau et s’est enfuit, finalement. Kitty, dans ce laps de temps de son calvaire réussit à appeler au secours, elle crie à plusieurs reprises. Les voisins entendent, regardent par la fenêtre, mais aucun ne joint la police, tous sous des prétextes différents, soit parce qu’ils ne réalisent pas vraiment ce qu’ils voient, soit parce qu’ils sont persuadés que quelqu’un a déjà signalé l’agression à la police. Ce qui sera finalement fait, mais Kitty meurt de ses blessures.

L’affaire fut médiatisée et un article accuse  » 38 citoyens ont regardé un tueur suivre et poignardé une femme » ( ce qui se révèlera pas tout à fait vrai …) mais l’opinion publique fut secouée par l’indifférence et la lâcheté incompréhensible de ces voisins qui auraient pu être eux. Voilà pour la « vraie » histoire, en traits très simplifiés …

Le roman reprend ce fil conducteur en gardant l’idée de l’agression de Kitty en point de mire d’un certains nombre d’appartements dont les fenêtres donnent sur l’ilot central, mal éclairé et mal cadré où se déroulent les faits. Chaque « voisin » est trop occupé à se détruire, se déchirer, se retrouver,  pour prendre conscience de la signification de la scène qu’ils entrevoient, par intermittences.  Tous, au petit matin seront atterrés devant les larges trainées de sang laissée par la lutte de la victime sur le sol de la cour.

C’est dingue ce qu’il peut se passer en même temps à trois heures du matin dans un ensemble de trois immeubles ! Même si l’action se passe à New York, tant de drames simultanés, m’a laissé perplexe : un couple se délite sur fond de fin de partie échangiste, une femme réalise que l’homme qu’elle a tant aimé est devenu un piteux partenaire bedonnant, et le quitte, du coup. Un autre homme passe un dernier coup de téléphone avant de mettre fin à sa vie fictive et se découvre une sexualité cachée, un jeune homme se décide à aider sa mère à mourir … C’est vrai que ça occupe ! Deux autres personnages, un policier violent, raciste et corrompu, un ambulancier qui se résout à laisser vivre le blessé qu’il transporte, blessé qui se révèle être le responsable de son enfance en vrac … finissent par arriver sur les lieux, appelés par le seul bon voisin, Patrick, malheureusement occupé à se tirer des pattes du flic raciste pendant le calvaire de Kitty. On aura finalement fait un tour dans toutes les perversions possibles de la grande ville, violences racistes, sexistes, pédophilie, adultères, trahisons, abandons … Le mécanisme est carrément grossier et outrancier. Même si j’ai l’estomac solide, j’étais au bord de l’ingestion … ( et à la limite du fou rire, parfois …)

Pour finir, je ne savais même plus si le roman était à charge ou pas, parce vu ce qui leur tombe sur la tête aux voisins, on finit par comprendre qu’il avait urgence à l’intérieur …

Une première participation au challenge polars et thrillers de Sharon

thrillers-polars-09-petits-meurtres

25 commentaires sur “De bons voisins, Ryan David Jahn

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  1. Je l’ai lu.. en 2013 : je viens de relire mon billet du coup, car avec le recul, j’en avais gardé un plutôt bon souvenir.. je n’ai pas été aussi sévère que toi, mais j’avais relevé ce que tu pointes (je ne m’en souvenais pas) :

    « Cette concentration spatio-temporelle d’intenses tranches de vie donne l’impression que l’auteur a voulu représenter le microcosme d’un milieu urbain gangréné par par le vice, l’insécurité et l’individualisme.
    Le récit tourne ainsi à la démonstration, et perd en crédibilité. A moins que je ne me leurre et que chaque nuit, mes voisins vivent des situations hors du commun pendant que je bouquine tranquillement et banalement dans mon lit ? »

    J’ai aussi lu le récit de Didier Decoin par la suite, inspiré de ce fait divers, « Est-ce ainsi que les femmes meurent ? » et j’ai été encore plus déçue, mais pour d’autres raisons, notamment le fait que l’auteur donne l’impression de n’avoir pas su pour quelle forme opter (enquête ou fiction ?), ce qui donne à l’ensemble un aspect inabouti.

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    1. Effectivement, tu es un tout petit peu moins sévère que moi, mais tu évoques quand même bien l’aspect caricatural du récit … Avec aussi plus d’humour ! Mon dieu, j’espère bien que mes voisins dorment bien lorsque leurs volets sont fermés … ^-^
      En ce qui concerne le livre de Didier Decoin, je crois bien avoir lu ta note, et n’avoir eu aucune envie de le noter. Et c’est toujours le cas. Tout le monde n’a pas la plume de Jeanada pour donner du relief à un fait divers des plus sordides.
      Moi, c’est l’aspect social que j’aime voir interroger dans ce type de « reconstruction ». En ce sens, De bons voisins me suffira, même si il est loin de combler cette attente.

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    1. Tu es plus positive que Ingannmic, mais je vais laisser de côté l’enquête de Decoin. Dans ton article, tu évoques une sorte de responsabilité de la toute nouvelle télévision ( à l’époque …), ce qui me paraît être un peu court quand même …

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    1. C’est ce qui est souligné dans le podcast que j’ai écouté, à commencer par le nombre de 38. Cela ne change rien à la violence du crime commis évidemment, mais l’analyse de la réaction des voisins y est plus subtile que dans ce roman.

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  2. Dommage, je l’aurais bien noté. C’est étrange à avouer mais depuis In cold blood, j’ai réalisé que j’adorais le true crime. 🙂 Je reste curieuse quand même.

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    1. De sang froid est un livre marquant, et pas seulement pour son genre ! Ici, on est clairement dans le roman : le déroulé des faits de l’assassinat n’est pas complément respecté, sans même parler des occupations des voisins, pas vraiment crédibles.
      Peut-être que le livre de Decoin, évoqué dans les commentaires précédents correspond-il plus au true crime ?

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  3. Celui-ci doit trainer dans ma bibliothèque, je me souvient avoir lu les premières pages qui était plutôt convaincantes même si dans un style que je qualifierais de journalistique et je l’ai reposé quand souvent me disant je le reprendrai plus tard et je ne l’ai pas fait !
    Mais là avec ce que tu en dis, je ne suis plus certaine d’avoir envie de le chercher et de le ressortir !

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    1. C’est un style efficace, journalistique, effectivement, qui donne des faits sans beaucoup d’analyses. C’est plutôt agréable à lire au départ, mais ça se corse ensuite avec l’accumulation des hasards peu crédibles !

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    1. Et tu t’en souviens !? Ma foi, je pense que je vais assez rapidement l’oublier en ce qui me concerne, sans que ce que se soit un mauvais livre pour autant, ! Juste moyen bof !

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