Hérétiques, Leonardo Padura

Dans la première couche (la première partie), Mario Conde traîne ses gueules de bois et ses désillusions au derrière de la quête d’Elias Kaminsky dans le Cuba contemporain où les langueurs de la fête communiste ont laissé des ressorts nostalgiques à l’ex-policier et ses amis, qu’il retrouve régulièrement autour d’une bouteille ou deux, pour se tenir plus chaud ensemble. Condé met ses compétences au service du jeune artiste peintre, revenu sur les pas de son père, Daniel, et de sa mère, Marta Arnaez, une pure cubaine espagnole.

Daniel lui, est fils de juifs polonais qui n’ont jamais pu mettre les pieds sur l’île. Enfant, au début de la seconde guerre mondiale, il les a attendu sur le quai du port de La Havane, en compagnie de son oncle, Joseph, chez qui il avait été envoyé par avance.  Isaias Kaminsky, sa femme, et leur petite fille Judith, ont passé une semaine dans le port, sur le Saint Louis, un bateau venu de l’Europe en proie au mal nazi, et ancré là avec ses passagers en attente d’autorisation pour débarquer. Ils avaient acheté leur liberté au prix fort, mais à Cuba, d’autres bouches avides voulurent encore se servir de ces juifs errants que l’on supposait riches. Le saint Louis repartira, plein de ces familles qui cherchaient un port. Il reviendra en Europe et les Kaminsky disparaîtront dans la Shoah.

Daniel laissera dans ce drame sa foi d’enfant en un dieu sauveur et y gagnera la solide énergie de ne plus être juif, si être juif veut dire être victime. Il sera donc cubain, avant tout par amour et par amitié. Pourtant à son tour, il s’est exilé, aux USA, où vit son fils, Hélias, qui vient donc chercher l’histoire du départ de ses parents. Et surtout l’histoire d’un tableau, un Rembrandt, un portrait de Jésus en jeune juif. En effet, c’est ce tableau qui aurait dû acheter le passage de la famille Kaminsky du bateau aux quais. Or, cette oeuvre, supposée disparue vient d’être proposée dans une vente aux enchères à Londres.

Après cette première incursion dans l’épaisseur de l’histoire, dans les traces de la communauté juive de Cuba, dont il ne reste guère que quelques échos, le livre fait un demi tour toute et reprend l’histoire du tableau, ou plutôt celle du modèle de Rembrandt, dans la nouvelle Jérusalem de 1943.

Amsterdam accueille alors la communauté juive de tout bords, Séfarades ayant fui l’Espagne de l’Inquisition, Ashkénazes poursuivis par les pogroms. Tout semble possible pour ces proscrits, ou presque, car peindre, représenter la création divine reste un blasphème, une hérésie. Or, peindre, Elias Ambrosius Montalbo de Avil, en rêve. Il poursuit Rembrandt, le grand peintre des bourgeois d’Amsterdam, de ses assiduités, défiant les règles en une double vie qu’il n’aura d’autre choix que de fuir lui aussi, à nouveau, juif errant aux confins des croyances, alors qu’un messie autoproclamé rodait vers les guerres turques … « Quel dieu, Elias ?-N’importe lequel … tous. »

Le grand écart temporel m’a un peu coûté, je l’avoue, en quittant la chaleur cubaine pour les quais humides de la riche Amsterdam, puis, finalement, comme un moteur qui tousse sa valda historique, je suis repartie, plus attirée en outre par le Elias du XVIIème siècle que par le Mario Condé du XXIème. Entre les deux, le second est un peu poussif, déjà vu en figure désabusée, amateur frénétique de rhum bon marché, amoureux en éternel retrait, il ne m’a pas vraiment conquise. Mais le livre, si.

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