Comment j’ai rencontré les poissons, Ota Pavel

carpe_franche-e1803La géographie de ce livre est essentiellement aquatique : mares, rivières, ruisseaux de la Tchécoslovaquie et ses eaux poissonneuses où règnent les carpes et les anguilles insaisissables Le temps est celui des souvenirs du narrateur, enfant et jeune adulte, pendant, avant ou juste après la deuxième guerre mondiale, vue principalement à travers les conséquences de l’occupation nazie sur l’activité principale de Léo, le père, c’est-à-dire la pêche … Mais la pêche pratiquée comme une quête spirituelle, sur le mode cocasse, burlesque … Même la judaïté et la déportation des deux frères sont évoqués sous cet angle décalé.

Ce père a quelque chose de la grandeur d’un Don Quichotte. Ainsi, il est capable de partir en croisade pour vendre des aspirateurs Electrolux à travers tout le pays. Charmeur, hâbleur, il est capable d’en fourguer jusque dans les petits villages qui attendent encore que l’électricité soit installée. Il devient le champion toute catégorie de la firme, titre consacré par la remise officielle d’une superbe montre, en grande partie pour séduire madame Irma, la femme du directeur, dont il est épris au-delà du raisonnable. Mais Léo n’est pas un être raisonnable. Il dilapide ses primes de super vendeur en généreuses preuves de sa réussite : voiture américaine démesurée, costumes de dandy , tout en restant un commis voyageur … Il vit dans ses rêves, achète un étang de carpes à un escroc. Trompé, il vit ses échecs comme autant de rebondissements vers un autre possible.

Le narrateur égraine ses souvenirs souvent drolatiques, parfois nostalgiques, autour de ce père fantasque, qui après la guerre se jeta dans le communisme avec autant d’enthousiasme, mais moins de succès, que dans la vente des aspirateurs. Son aveuglement dynamique entraine avec lui sa famille, ses amis, sa femme, qui sans conviction se retrouvent embringués dans son tourbillon. Le fils porte sur le père un regard lucide et tendre, comme sur le monde de son enfance, ses amateurs de la ligne qui côtoient les ruisseaux avec autant de persévérance que des chasseurs d’étoiles. L’anecdote peut même prendre des allures mystiques et burlesque, comme dans celles de la quête des anguilles d’or, qui fumées, auraient dû devenir un poème, et qui finalement sont, malgré tout, une ode offerte au père, comme un remerciement éperdu pour avoir été celui qui tentait toujours d’atteindre le sublime, canne à pêche à la main, sur un vélo déglingué, à travers la géographie bouleversée de l’histoire. 

 

6 commentaires sur “Comment j’ai rencontré les poissons, Ota Pavel

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  1. J’adore ce que tu dis de la personnalité de ce père capable de vendre des aspirateurs dans de villages sans électricité. Je crois sue tu as aimé aussi cette lecture mais tu ne le dis pas franchement.

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    1. Cet épisode de la vie du père est raconté par le narrateur avec beaucoup d’humour ! Une tonalité qui parcourt le livre qui est très agréable à lire. Disons que chez toi, ça ferait quatre coquillages !

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