Dessiner encore, Coco

dessiner_encore_page-a1cecCoco est le nom de plume de Corinne Rey, dessinatrice débutante à CharlieHebdo, admiratrice de ces fêlés rigolards et impertinents qui tenaient bon, depuis des années, face aux compromis que la classe politique et quelques intellectuels, leur suggéraient de faire, face aux accusations de mettre de l’huile sur le feu, depuis l’incendie des locaux, depuis la une dite « des intouchables » … Sous protection policière, Charb, Luz et Riss continuaient à refuser toute auto censure. Coco rappelle en courts flash back, toutes les étapes de ce faux débat autour de la liberté d’expression, du droit au blasphème, de la nécessité de la satire que les journalistes de Charlie ont exercé sur tous les sujets et toutes les religions. Elle dit ses colères face à ceux qui faisaient entendre leur « oui mais », « oui à la liberté d’expression, mais pas en ce moment, mais il faut respecter … », ceux qui ne voulaient pas de vagues. Et elle dit aussi l résistance, le talent, l’ honnêteté intellectuelle de ceux qui ont été assassinés.

Sur ce terrain des faits, de la chronologie, on la sent à l’aise, virulente, descendante droite et fière des trublions qui furent assassinés le 7. Le 7, la date qui la submerge, la date qui hante et bouscule l’ordre des planches. Le 7, Coco est sortie un peu plus tôt que d’habitude de la rédaction, c’est elle qui se retrouve face aux frères Kouachi et leurs kalachnikovs ( elle dit d’ailleurs avoir reconnu ces armes parce que Charb les dessinait). Pétrifiée, incapable de penser, elle a composé le code d’accès et a entendu les bruits des tirs, les tak tak tak qui s’entendent sur les pages noircies qui correspondent, dans ce roman graphique, à la scène du massacre.

D’autres planches reviennent à intervalles irréguliers, elles montrent de grandes vagues, d’un bleu intense, qui bousculent un corps aux contours féminins, un corps qui semble nu et fragile, emporté, écrasé. Ces planches sont quasi  muettes, ce sont celles de l’après, et du présent, du remords de la culpabilité, de l’effroi. Ces vagues  laissent aussi apparaitre deux silhouettes cagoulées qui guettent, attendent, observent sa lutte.

Les jeux de couleurs, flux et reflux, les mouvements disent sa douleur mais laissent aussi place au récit ironique et mordant lors de certains épisodes, notamment lors de ses tentatives auprès d’un psy, spécialiste de la méthode EMDR ( Eye Movement Desentization and Reprocessing) qui la confond visiblement avec un ordinateur. Mais Coco n’est pas facile à reprogrammer, les souvenirs s’entrelacent, son premier reportage graphique, son admiration pour Cabu, l’hommage du 11, la course de Luz pour trouver la Une du numéro des survivants, sa solitude d’être celle qui a fait le code, les inutiles consolations … La dernière planche est poignante, une frêle silhouette qui flotte sur une mer prête à l’engloutir, silhouette dérisoire mais pas vaincue.

Un « tais toi et dessine » clôt ce témoignage, cet ordre qu’elle s’adresse et transgresse juste pour rendre hommage à tous sont qui ont survécu et aux morts.

10 commentaires sur “Dessiner encore, Coco

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  1. J’ai acheté ce livre (Dessiner encore) peu après sa parution (j’avais remarqué la grosse campagne de communication dans le métro parisien, au moment de sa sortie), je le chroniquerai certainement un sept du mois ou l’autre… Désormais, Coco dessine aussi pour le journal Libération, où elle a succédé à Willem (autre dessinateur de Charlie), aujourd’hui âgé de plus de 80 ans.
    (s) ta d loi du cine, « squatter » chez dasola

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    1. J’ai eu la chance qu’on me l’offre ! Et je vais guetter les interventions de l’auteure. Elle montre beaucoup de courage dans cet album, notamment quand elle évoque son sentiment de culpabilité.

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    1. On m’a offert ce roman graphique, sinon, il est aussi rare que je lise du « graphique » et encore plus que je fasse une note sur ce genre. mais là, le traitement du sujet m’a vraiment convaincue, surtout la détresse que disent les vagues …

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