Génitrix, François Mauriac

 En disant relecture, je me fourvoie quand même un peu, parce que, en ce qui me concerne, la première lecture de ce titre est si lointaine, que je ne gardais de « Génitrix » qu’une vague nébuleuse d’un truc à la Mauriac. Et c’est exactement cela, la cruauté d’un huis-clos des âmes dans une écriture classique et sans surprise, qui tranche dans le vif aussi efficacement qu’un vers de Racine.

Mathilde a épousé Fernand pour de mauvaises raisons. Pauvre cousine pauvre d’une dynastie bourgeoise qui ne peut que la considérer avec le mépris social dû aux cousines pauvres et orphelines, déclassée, arrogante sans pouvoir le dire, elle jette son dévolu sur le voisin, ce Fernand, qui lui a paru une proie facile et sa seule bouée de de sauvetage social de son existence. L’amour n’est pas le sujet de Mauriac.

Fernand, lui, a épousé Mathilde pour d’autres mauvaises raisons. Vieux garçon emmitouflé par sa mère depuis des décennies dans un carcan d’attentions, il est une sorte d’être immobile. Il a de temps en temps des velléités de révolte. Mathilde fut un de ses caprices d’indépendance, qui rapidement a tourné vinaigre, forcément …. 

Mathilde et Fernand se loupent, Félicité, la mère, jubile, elle récupère sous fils sous son aile, en bonne mére poule qui lui avait coupé si bien les ailes que le poussin ne pouvait se faire coq. Voilà la rivale à terre.

Seulement, voilà, Mathilde se meurt des suites d’une fausse couche, laissée solitaire dans les draps blancs glacés et la fièvre qui fait trembler son lit, abandonnée de toute affection. La mort fait de la rivale de la mère une icone dans le coeur du fils. Souffrance, jalousie, remords vont les tordent.

Dans ce très court roman, on passe de l’un à l’autre des personnages, tous les trois méprisables s’ils n’avaient l’excuse d’être étouffés dans le silence tordu des vrais sentiments, qui jamais ne sortent de ce huis-clos, comme jamais ne circule l’air dans les pièces de la vieille demeure. Chacun tricote le malheur de l’autre et le sien sous le regard de la vieille bonne, ultime refuge d’affection pitoyable. C’est cruel et feutré comme un règlement de compte dont les victimes sont aussi les coupables, sans rémission possible.

Du Mauriac, quoi !

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