Cher pays de notre enfance, Etienne Davodeau, Benoit Collumbart

Quand Davodeau se met à croquer de la figure politicienne, ça décape au Karcher les images convenues de l’ORTF en noir et blanc, loin des échos de la « voix de son maître » et des scopitones de la douce France, pays de notre enfance, peut-être, pays encore tout proche de l’après guerre et surtout de la guerre d’Algérie, dont les traces sanglantes traînent encore un peu partout. Et comme le montre la couverture de cette bande dessinée, le noir et blanc, ça fait ressortir les traces de rouge.

Davodeau et son comparse journaliste font ici preuve de dépoussiérage de la mémoire gaullienne ( gaulliste ?) qui voudrait ne voir que le blanc du grand homme et de la loi restaurée, ils font œuvre de restauration de la mémoire, œuvre de salubrité politique. Ils ressortent deux vieux dossiers.

Le premier est celui de l’assassinat du juge Renaud. Crime jamais élucidé, affaire classée. le juge était un membre atypique du barreau lyonnais en un temps où celui-ci était tout pourri par sa collusion avec le grand bantitisme, un temps où l’on n’ouvrait pas certaines enquêtes, un temps où les liens entre l’argent et les partis politiques étaient si explosifs qu’il valait mieux fermer les yeux et faire taire les oreilles, où la poudre faisait se taire les langues.

Ce sont ces langues si lontemps retenues que les deux enquêteurs vont aller rechercher, un peu partout en France, des proches, des témoins, jamais entendus, ou alors si peu, d’autres journalistes, d’autres fouilleurs qui ont osé aller voir derrière les portes que l’on ne leur ouvrait pas.

D’un crime non élucidé à l’autre, on arrive à l’affaire du ministre Boulin, retrouvé noyé dans un étang, dans quelques centimètre d’eau stagnantes. Et stagnantes est un bien piètre mot. La thèse du suicide est livrée, clef en main à la famille et la presse. Mais la clef ne tourne pas vraiment dans la serrure. Et les documents qui donneraient la bonne sont encore bien serrés, ficelés, ou alors disparus.

Le fil conducteur est le SAC. Pour moi, ces trois initiales ne font surgir du passé que le visage et l’accent d’un baron du gaullisme (et du chiraquisme …), bien oublié, Charles Pasqua, que d’ailleurs les deux enquêteurs tenteront en vain de rencontrer … Les auteurs montrent comment les membres du SAC se retrouvaient à tous les niveaux du pouvoir et de son idée du maintien de l’ordre ; colleurs d’affiches, casseurs de syndicalistes, garde du corps de presque tous les bords, videurs de coffre fort, braqueurs au nom de la République et surtout du fonctionnement des partis. La carte bleue blanc rouge de l’organisation, en grande partie occulte, valait sésame et liait les langues. Ses racines prenaient ancrage dans la guerre d’Algérie, l’OAS, la peur de la gauche au pouvoir, et comme une certaine pieuvre, les tentacules ratissaient large. Vraiment très large et en marge ….

Entre deux plongées dans les méandres politiques des deux affaires, les auteurs se mettent en scène, expliquent leur démarche, se gaussent des obstacles, livrent les silences qu’ils n’ont pu faire parler, tentent de dire pourquoi, et c’est juste passionnant, documenté, clair et direct. Ce qui constitue une forme d’exploit de vulgarisation politique vue la complexité des réseaux à découdre. Ils jouent franc jeu, du dessin comme de la plume, une collaboration efficace et à mettre entre toutes les mains.

PS: Bon, celles de fiston, quinze ans et tout mouillé ont un peu lâché quand même …

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