Avant que les ombres s’effacent, Louis Philippe Dalembert

Le livre s’ouvre sur une annonce tonitruante : le 12 décembre 1941, la république d’Haïti déclare la guerre au troisième Reich et à l’ Italie fasciste. Pour asseoir l’attitude bravache d’une poussière de tête d’épingle sur la carte du monde, le gouvernement, en la seule personne de son dirigeant, annonce que tout juif européen pourra trouver secours dans une ambassade haïtienne, il bénéficiera alors de cette nationalité et, comme tout ressortissant de son nouveau pays, du passeport permettant d’accéder à la nouvelle terre promise et salvatrice.

Le seul souci, évidemment, pour que l’opération soit à l’envergure de la déclaration, est que, comme le souligne l’auteur, les ambassades haïtiennes n’ayant pas forcément beaucoup de pignons sur rues à Berlin, Rome ou Paris, pour y courir, il faudrait que les destinataires aient vent de cette offre généreuse du petit père Lescot, le président haïtien, qui n’hésitant devant aucun mirage, annonce également le bombardement de Berlin, par les quatre bombardiers de l’île (cloués au sol depuis belle lurette à cause de leur grand âge).

Après cette savoureuse entrée en matière, le roman retrace l’itinéraire de Ruben Scawzberg et de sa famille, éparpillée depuis la seconde guerre mondiale entre les USA, Israël et Port au Prince, où lui, il a fondé sa petite branche à lui, mi juive, mi-caribéenne. Un destin familial exemplaire, qui remplit presque toutes les cases possibles de l’exode forcé et des possibilités de fuite pour une famille juive en ces temps de chaos. Et en fait, c’est ce qui a commencé à me gêner, ce côté didactique.

Partis de Pologne, dont la mouvance des frontières inquiète les plus audacieux membres de la tribu, ils arrivent à Berlin où les années folles battent encore leur plein. Ils ont le temps de respirer, et Ruben de faire ses études de médecine, de s’établir dans une relative aisance, avant que la nuit de cristal ne les secoue. Une première fois alors, Ruben fait la rencontre de la République Haïtienne, sous la forme de deux fonctionnaires qui le sauveront provisoirement des griffes nazies.  Disparaissent alors les odeurs du Tcholent de Bobe, la grand mère, la tendresse de Salomé, la petite soeur, la fumée des cigarettes de l’oncle Joe, dans l’inévitable départ.

Les étapes du périple de Ruben vers la terre promise des Caraïbes sont autant d’escales douloureuses et incertaines dans l’Europe où bouent les furies de la haine. Toujours, il en réchappe d’un cheveu, de Buchenvald à Paris, pas encore occupé, où l’ombre de l’ange de Johnny l’Américain, resté dans le camp de concentration, lui permettra d’être le protégé de sa tribu d’adoption, les haïtiens de Paris, avant d’arriver, enfin, au paradis de Port au Prince. Là Ruben s’établit en médecin humaniste et prend racine.

Ce roman met en évidence une facette peu connue de l’histoire, et c’est son intérêt. Du moins, c’est ce qui m’avait plu, mais franchement, je l’aurais aimé moins convenu dans sa construction narrative, très classique (Ruben raconte sa vie à sa nièce dans la douceur d’une nuit de retrouvailles), alors que le style, lui, est nourri d’images plus burlesques, de formules ironiques dynamiques, l’intrigue va son cours chronologique très sage. Il y a comme un hiatus.

 

 

 

 

 

 

14 commentaires sur “Avant que les ombres s’effacent, Louis Philippe Dalembert

Ajouter un commentaire

    1. Effectivement, les passages obligés sont omniprésents, mais comme toi, j’ai apprécié les éléments historiques, peu connus et il y a une gaieté dans le style qui fait passer le tout assez facilement.

      J’aime

    1. J’ai feuilleté ses poèmes, je ne savais pas qu’il avait écrit d’autres romans … j’ai bien aimé l’écriture en ce qui me concerne, pas trop poétique et assez enjouée par moment. l’histoire est par ailleurs bien menée, mais voilà, le parcours est quand même pas mal balisé !

      J’aime

  1. Bonjour, je m’aventure sur ton blog aujourd’hui et je m’arrête sur ce billet parce que je ne me décide pas pour ce roman. Je comprends les bémols que tu soulignes, ça me refroidit un peu le récit balisé mais ce que tu dis du style sinon est motivant.

    J’aime

  2. Vive Twitter qui vient de m’apprendre que tu avais lu ce livre que j’ai commencé il y a quelques jours. J’en suis assez contente pour l’instant. Oui, il y a du balisé et de l’attendu mais on se laisse tranquillement baladé, non ? Je n’en suis qu’au tout début (départ de Berlin éminent)…

    J’aime

    1. Twitter, faut que j’y retourne un peu … Après G2 reader aussi, c’est pas mal pour suivre les blogs qu’on aime … mais ce n’est pas à toi que je vais apprendre ce rudiment de la communication !
      Pour ce livre, tranquillement baladé est le mot juste, je l’aurais souhaité plus mouvementée, c’est tout … Je l’avais offert à la petite, pas eu de retour pour l’instant, on lui en causera !

      J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Un site WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :