Cher connard, Virginie Despentes

hashtagJ’ai lu Baise-moi il y a bien longtemps, sans être particulièrement choquée. J’ai lu le premier tome de Vernon Subutext, et je me suis arrêtée là, j’ai survolé les premières pages de King kong théorie en souriant de l’outrance langagière mais aussi en me disant que c’était pas mal balancé … Et je me suis aussi arrêtée là. Alors pour ce Cher connard, inutile de dire que c’est la curiosité pure qui m’a poussée, et finalement, ça s’est plutôt bien passé jusqu’au bout …

Le connard s’appelle Oscar. Ecrivain plutôt reconnu, il est là  en panne d’écriture, et se sent quelque peu paumé (il a même fini Candy Crush, je ne savais pas que c’était possible de finir Candy Crush …). C’est un connard, selon les critères de sa correspondante, Rebecca, cible d’une de ses publications débiles postée sur son compte instagram. Et ma foi, on la comprend. Oscar est non seulement complétement alcoolique non repentant, mais acro à sa petite personne, à la fuite et à l’auto victimisation plaintive. Un sale type, par lâcheté habituelle, égocentrique par conformité intellectuelle à la norme de genre. Le genre de gars pour qui les féministes sont des agitées du bocal, le genre qui se voit pas méchant dans le fond et amoureux dingue quand il fait des avances à outrances à la toute jeune attachée de presse qui les subissait.

Zoé Katana fut sa victime, et elle a décidé de lâcher sa rancœur sur son blog. Elle le cloue au pilori, le jette dans l’arène de la dénonciation pour harcèlement,  et le calvaire des commentaires commence pour les deux, coincés dans la spirale des réseaux et hashtags carnassiers.

Zoé est dans ce roman épistolaire une voix en off de l’échange principal entre le connard et une autre figure féminine, Rebecca. Elle, c’est plutôt la louve que la victime. Amie d’adolescence de la sœur d’Oscar, elle est passée du stade de la bombasse délinquante de quartier modeste, à super star du cinéma, sublime égérie d’une féminité triomphante. Mais Rebecca, perpétuellement shootée à l’héroïne, a vieilli. Oscar la croise sur une terrasse parisienne et, vexé qu’elle ne reconnaisse pas en lui le petit frère de Corinne, il publie un portrait assassin de l’idole fantasmée de son adolescence devenu crapaud … Mais sa bave ne déclenche que le mépris radical de sa cible …

Ainsi débute un échange épistolaire improbable entre les deux, toxicos, sur la tangente, solitaires, en bord de bascule … Elle est virulente, il est pleurnichard, elle se veut prédatrice, il se la joue victime, il rédige ses lettres en sujet-verbe-complément, elle balance un vocabulaire vulgaire ( un peu daté …) et des punch lines qui roulent des mécaniques .

Vu la position féministe de ses personnages, on pourrait s’attendre à une mise en pièce radicale du Oscar, un quatre heures dont l’autrice ne ferait qu’une bouchée. Mais ce n’est pas tout à fait le cas, même si il en prend pour son grade en représentant de la bonne vieille main au cul, dont ma foi, on ne se plaignait pas trop puisque c’était comme ça … Les premières lettres sont marquées par une agressivité surjouée, après, le ton se calme et on rentre dans une forme de rédemption réciproque, assez inattendue et presque décevante.

Si il y a une thèse dans ce livre, ce n’est pas celle qu’on attendait ( et qui aurait pu se résumer en une phrase « les hommes sont des connards ») mais des phrases, il y en a vraiment beaucoup … Les deux personnages après avoir acté qu’ils n’avaient rien à se dire, s’étalent longuement sur leurs divergences, féminisme, drogues, relations amoureuses, du mauvais usage des réseaux … C’est bavard, très bavard. Elle étale son anti conformisme, lui, ses échecs, elle lui enfonce le clou, il s’enfonce tout seul. Et finalement, ils font copains copains. Le sulfureux est bien soft finalement, la radicalité du début finit par célébrer les vertus de la tempérance et du dialogue, avec suffisamment de vernis punk pour faire passer la harangue.

Merci aux éditions Grasset qui m’ont permis de satisfaire ma curiosité !

20 commentaires sur “Cher connard, Virginie Despentes

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  1. Tu racontes très bien, et c’est un plaisir de te lire. Ce que j’apprécie beaucoup dans ce billet c’est la liberté que tu me laisses , tu ne me donnes pas envie de lire ce roman tu me laisses le choix en expliquant très bien à quoi m’attendre.

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    1. Ha ben, c’est super gentil ce que tu écris ! Je l’ai vraiment lu sans en attendre une révélation particulière … Et c’est peut-être pour cela que cette lecture me laisse beaucoup de recul.

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    1. J’aime bien les personnage de l’autrice, elle semble vraiment sincère dans sa démarche (je n’ai vu que quelques extraits de son dernier passage à la grande librairie). Ces prises de position me font parfois sourire, par leur excès. Mais pour ce qui est de son écriture, ma foi, je ne jouerai pas les tentatrices !

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  2. Je suis en pleine lecture, à la moitié à peu près. Je le lis par petites tranches parce que je sature assez vite du langage outrancier justement et du peu d’intérêt des personnages. Mais il y a des passages d’une telle justesse sur un tas de sujets que ça passe. Avant, j’avais seulement lu les trois tomes de Vernon Subutex. Je n’ai pas l’impression d’être dans un roman, c’est vraiment du Virginie Despentes pur jus. D’un autre côté, ça ne révolutionne pas la baraque non plus.

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    1. Complétement d’accord avec toi ! Le langage utilisé pour Rebecca est surfait, systématiquement agressif (et répétitif …) mais effectivement, son propos ne manque pas d’intérêt sur les sujets qu’elle aborde. La parole de Zoé, je n’ai pas réussi à la comprendre, par contre, et Oscar est plat comme une limande ! Bonne fin de lecture malgré tout !

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  3. J’ai beaucoup aimé Vernon Subutex, je m’étais promis de lire d’autres titres de Virginie Despentes et puis je ne l’ai toujours pas fait. Sur ce titre, il y a plein d’avis différents et c’est intéressant. Je le lirai parce qu’il est dans ma liseuse et que je suis curieuse.

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    1. Je comprends très bien la motivation de la curiosité … Ce livre dont tout le monde parle, je voulais le lire, ça ne m’arrive pas souvent mais la place de l’autrice dans le paysage littéraire est assez singulière, malgré la surmédiatisation de ce titre dans la rentrée littéraire.

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  4. J’ai arrêté le tome 1 de Subutex à la moitié environ, les féministes m’agacent, je n’ai pas de compte Instagram, plus de Facebook ni de Twitter et j’ai horreur de la vulgarité : me recommandes-tu ce livre ?

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  5. Il va falloir que je le découvre un jour celui-ci !
    Merci pour le partage de cette chronique, cela me donne une meilleure idée ce à quoi je peux m’attendre en le lisant et ça attise ma curiosité 🙂

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  6. Si tu as déjà beaucoup lu sur le sujet du féminisme, on est dans la veine « dure » avec le personnage de Zoé. Mais le propos d’ensemble est plutôt pertinent. Après, à voir si la crudité du langage passe pour toi, ou pas !

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  7. Je ne sais pas quoi en penser. J’ai l’impression de voir un phénomène littéraire monté en épingle publicitaie en raison d’une rentrée littéraire où c’est la foire d’empoigne pour exister. Pourtant j’aime beaucoup Despentes. Je vais laisser le temps de la frénésie de la rentrée, voir si ce livre me tente ou pas.

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    1. Sur mon lieu de travail, presque toutes les filles se le passent avec des réactions mitigées. Un collègue mec est tombé complétement fan … Frénésie de rentrée …
      Pas certaine que cela tienne dans le temps.

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