La mésange et l’ogresse, Harold Cobert

Les meurtres en série se heurtent à la compréhension, en une sorte de sidération. Horrible, terrifiant, sont alors les mots qui tournent sans satisfaire, car les faits restent impensables.

« L’affaire Fourniret  » est le sujet de ce roman. Le choix du romanesque comporte le risque de donner aux faits criminels une lisibilité, une explication, un sens, voire un « cœur » à ce qui dans le réel fut une succession d’actes dont le sens, justement, ne peut que nous échapper. Pour éviter cet obstacle, l’auteur fait ici le choix de pas mettre en scène le meurtrier, uniquement de biais par la voix de l’enquêteur, exaspéré, et par celle de la compagne, Monique Fourniret, qui dans de longs monologues intérieurs, lâche, petit à petit, une version qui l’accable.

L’auteur détricote la chronologie à l’envers, en partant de la dernière des victimes, la jeune fille qui, en 2003, arrive à se sortir du piège, donne l’alerte et permet l’identification et l’arrestation de Michel Fourniret. Il s’inspire aussi du véritable enquêteur pour donner un corps à Jacques Desbienne, à ses peurs, ses angoisses, sa tension, sa patience tenace face aux logorrhées de l’un et aux silences obtus de l’autre.

Il explique comment le piège tendu aux jeunes filles, qui pourrait paraître grossier, était en réalité parfaitement efficace. Apparence polie, respectable, petites lunettes, un air d’intello, un monsieur qui s’est égaré, un service à rendre, jamais loin de chez elles, dans un cadre familier, la culpabilité de ne pas faire confiance … Michel Fourniret fuit en cas de danger, n’insiste pas en cas de refus, si « le joli petit sujet » accepte, la portière se referme, et lui, n’hésite plus, alors.

Le récit progresse avec un grand respect des victimes, dont les noms ont été changés, sauf pour les deux disparitions qui restent encore à résoudre. L’enquête avance par à coup,  sans beaucoup de preuves, aucun aveu, presque aucune faille.

Ce qui progresse, est la voix de Monique, d’abord, elle se contente de se plaindre, s’inquiète des conséquences matérielles dans lesquelles elle doit se débattre suite à l’arrestation. Des crimes, elle ne dit rien tout d’abord, puis le temps passant, tournant en rond, elle finit par évoquer sa rancœur, depuis que son homme « chasse » en solitaire, la laissant de côté. Elle regrette le temps d’avant, celui où elle tenait un rôle actif, dans la voiture, leur fils sur les genoux, parfois, conduisant même le véhicule pour appâter la jeune fille, en toute confiance. Elle ne parle jamais de contraintes, n’est pas peinte comme une idiote, ni étreinte d’une passion amoureuse aveugle. Non, elle sait, elle aide, ils ont fait un pacte, elle le respecte, il doit la venger de son passé humiliant, en échange. Même si il ne l’a jamais vraiment fait. Un jour, elle le lâche, et la machine judiciaire peut alors se mettre en marche.

La thèse de l’auteur rejoint pas mal d’articles que j’ai lus, par la suite, celle de l’entière conscience de cette femme et même de sa pleine culpabilité. L’auteur s’appuie principalement sur le fait que, prédateur sexuel quand ils se sont rencontré, Fourniret n’avait jamais été jusqu’à tuer avant elle. Ce qui fait d’elle « l’ogresse » de « l’ogre des Ardennes », qu’elle aurait façonné, ce qui explique, en partie,  la longévité effarante, plus de quinze ans de crimes. Elle le surnomme son « fauve » et lui l’appelait  » sa mésange ».

On ne peut savoir pour l’instant si cette hypothèse est fiable, ce qui n’empêche qu’elle résiste à toute compréhension. Elle mettant à jour cette  logique, le roman est donc plutôt pertinent.

 

 

4 commentaires sur “La mésange et l’ogresse, Harold Cobert

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    1. Cela peut paraître incongru mais ce genre de lecture, que je ne fais que rarement, me fait toujours penser à Faulkner et à Sanctuaire. Rien à voir avec la qualité littéraire, je ne compare pas. Mais je me demande toujours pourquoi les pires atrocités inspirent des chefs d’oeuvre (ce que ce livre n’est pas hein !) …. C’est quoi l’alchimie entre l’horreur et l’écriture ?Aucune réponse bien sûr, mais c’est un truc qui me fascine.

      Aimé par 1 personne

  1. Oh, mais que ce couple semble intéressant!!!
    Mon dieu…
    Et ce titre qui, malgré sa beauté, me donne froid dans le dos. C’est plus fort que moi, ma curiosité est piquée! Je vais tenter de lire quelques extraits afin de voir si le style me plait.

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