Betty, Tiffany Mac Daniel

13382La famille de Betty s’est faite d’errances, d’abord géographiques, puis psychologiques, voire magiques, que cette magie soit noire ou blanche.

Le père,  Landon Carpenter,  a l’âme Cherokee d’une autre époque, celle des légendes, des plantes, des nuages, d’un savoir faire de rien un tout, d’écouter la terre et en tirer la force d’être père. Mais dans le vrai monde du sud des Etats Unis, être Cherokee, c’est être misérable,  chercher les moyens de faire vivre sa famille à coups de petits boulots et de mépris, de coups à encaisser. De sa rencontre avec Alka, en 1938, sont nés les enfants, comme des tiges de Sorgho. A tous, Landon donne un destin, les plongeant dès les premières minutes de vie, dans l’eau d’une rivière. La force de l’eau ne les sauvera pourtant pas tous. Leland, le premier, l’ainé pour le pire, Fraya, dite la mesure de toute chose, Yarrow, dit l’écrevisse pour sa poigne trop solide, Waranda, l’eau du grand esprit, qui a pleuré les dix jours de sa courte vie, Flossie née dans un escalier, et qui en gardera le rêve de descendre celui de Boulevard du crépuscule. C’est la narratrice, pourtant, qui est nommée en hommage à une autre grande star du cinéma d’Hollywood, Bette Davis, mais avec un y, lettre qui pour son père évoque un serpent, et un lance pierre. Trustin vient ensuite. Comme la truite qui le touche lors de son premier bain, son destin l(i,cite à plonger, même dans les tourbillons, et enfin, arrive Lint, le dernier, le petit Poucet aux cailloux perdus.

Chaque enfant est né au fil des étapes de la famille, d’état en état. Jusqu’à ce qu’un jour, Alka veuille rentrer chez elle, Landon leur trouve un domaine de bric et de broc à Breathed, bourgade du sud de l’Ohio, dont l’immense jardin semble pouvoir fixer les rêves. Charismatique, Landon se fait bouilleur de cru, guérisseur, et alors qu’il incante les puissances du potager, de la nature et des légendes, les orages de tristesse secoue l’esprit d’Alka qui reflue vers l’antre où le secret la ronge, la violence de l’enfance dont elle entoure les enfants, les perdant parfois dans son ombre. Pour Betty, la plus moricaude, le refuge est dans la fratrie, dans la magie du père.

Figure lumineuse, il tient les rêves comme des rênes, ses histoires ont le goût de la consolation, il donne le goût de la lumière, il domine le récit du naufrage intime de chacun. Car, pour chacun des membres de cette famille le loup n’est jamais bien loin, à l’extérieur ou à l’intérieur d’eux mêmes, la lumière clignote. Les secrets trop lourds à porter sèment la folie dans le paradis que Landon voulait donner à vivre à ses enfants : l’éclat du jardin, les interstices fabuleux de l’imaginaire indien, mais les échos de tragédie gangrènent les bêtises enfantines.

Le récit est entrainant, dynamique et contemplatif à la fois, il porte l’éclat du regard de Betty sur son père. Chronique familiale, hymne à la nature, à la culture indienne, à la force de résistance des mythes, il embarque ses forces évocatrices, avec une cascade de souffrances qui frôle quand même l’asphyxie, vers la fin.

22 commentaires sur “Betty, Tiffany Mac Daniel

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    1. Disons que l’accumulation des drames et des secrets finit par faire douter de la toute puissance de sa magie … Mais c’est Betty qui raconte, il y a une forme d’idéalisation sûrement logique. Mais bon, on se détache de son regard, finalement.

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    1. Oui, six mois après la sortie en broché, je suis comme toi, je me dis que je vais pouvoir attendre la sortie en poche. Et tant mieux si ma note donne envie, car c’est un très beau texte au charme certain, il mérite son succès.

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    1. J’ai bien aimé aussi, même si au d’un moment, la série de malheurs qui s’abattent sur la famille a fini par me saturer un peu. Mais la fin est très belle, aérienne, ça rattrape.

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  1. Je l’avais noté avec une grande envie, un peu freinée par l’avis de The Austist qui pointait la même chose que toi : (je le cite : « Si j’ai été happé dès les premières pages par la langue poétique de Tiffany McDaniel, je dois avouer que j’ai peiné à terminer ma lecture : j’avais hâte que cesse enfin le déluge de malheurs qui s’abattent sur chacun des membres de la famille (et quand on sait que la fratrie compte déjà cinq enfants toujours vivants…). L’aspect systématique m’a laissé un goût de « too much », a fini par me lasser sur le long cours et gâcher mon plaisir »).

    Mais il l’a aussi classé comme livre « le plus poétique » de son année 2020.. Je l’avais tout de même gardé dans un coin de mon esprit, mais j’attendrai sa sortie poche. Suite à quelques jours de repos, ma PAL a allègrement repassé la barre des 210… je voulais consacrer mes congés à décorer un peu mon nouveau chez-moi, mais tout est fermé… sauf les librairies !! J’ai donc continué à garnir ma bibliothèque; d’autant plus qu’il y a eu toute une série de sorties poche que j’attendais avec impatience !

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  2. J’ai beaucoup aimé ce roman et n’ai pas été freinée dans ma lecture par l’avalanche de désastres. Ce que j’ai retenu avant tout, c’est l’aura du père, sa manière de voir les choses, la poésie qui se dégage de tout ça…

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    1. Je rejoins The Autist, même si mon plaisir de lecture n’a pas été gâché à ce point, il est vrai qu’il y a un effet déluge et too much, mais il y a tellement de plaisir à se laisser embarquer dans cette famille « arche de Noé », que finalement, ça équilibre. Mais c’est aussi parce que les personnages sont si bien ancrés dans la poésie, qu’on n’a pas envie qu’il leur arrive trop de mal. Tu verras quand il sera sorti en poche, alors.
      Moi, je me suis lancée dans un vaste plan jardinage, très frustrant, parce que même si les magasins sont ouverts, tout fonctionne au ralenti ! Donc, je lis … Je serais curieuse de tes achats, je n’ai pas trop repéré de sorties poches dernièrement (pas depuis quinze jours et ma dernière pêche en librairie)

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      1. Comme nouveautés poche, j’ai pris le Tommy Orange sur lequel tu as émis un avis mitigé, « L’audacieux Mr Swift » de John Boyne, « Terminus » de Tom Sweterlitsch (de la SF), « Dévorer les ténèbres » de Richard Lloyd Parry (non-fiction, une enquête sur la disparition d’une fille au Japon, noté chez Electra), « A l’ombre des loups » de l’ukrainien Alvydas Šlepikas, « Mécanique de la chute » de Seth Greenland (que j’attendais avec une énorme impatience)… et j’y ai ajouté entre autres « El ultimo lector » noté chez toi, le dernier Aubenas, le dernier Abbi Geny (autrice de « Farallon Islands » que tu avais aimé toi aussi)..

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      2. Ah oui, quand même !!! Tu as bien nourri ta PAL ! L’audacieux Mr Swift est aussi sur mes étagères, j’ai hésité pour le dernier Abbi Geny, mais finalement, j’ai pris le Jonathan Coe qui vient de sortir, et je viens de terminer le Aubenas. Pour les autres titres, je ne connais pas. Je vais jeter un oeil sur Mécanique de la chute, puisque tu l’attendais. Finalement, je crois qu’on est aussi peu raisonnables l’une que l’autre !

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    2. Le personnage du père est solaire et il irradie presque tout le roman ! Sa philosophie de vie est empreinte de valeurs qui font chaud au coeur ( m’enfin, il est un peu aveugle quand même … )

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  3. Je l’ai beaucoup aimé malgré certains passages difficiles… j’ai trouvé le père de Betty génial dans son comportement avec les enfants et son respect de la Nature…
    La mère par contre, je lui aurais volontiers mis des baffes 🙂

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    1. Le père est une très belle figure littéraire, un contre point aux malheurs qui s’attachent aux siens … La mère est déficiente, il est vrai, mais son secret fonde la tragédie, si l’auteure en faisait l’économie, l’équilibre du roman ne fonctionnerai pas aussi bien, je crois.

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    1. Tu as raison d’âtre raisonnable, Betty est un bon roman, avec de très beaux personnages ( même si on en perd quelques uns en route), il vaut la peine d’être lu mais perso, je n’en ferais pas LE roman inoubliable.

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