Blizzard, Marie Vingtras

Survive-a-blizzardQuatre personnages sont aux prises avec une tempête, dans le fin fond de l’Alaska, et dans le fin fond aussi de vies intérieures et antérieures. Au départ, au tout départ seulement, je me suis dit que, pour un trou aussi paumé, ça faisait quand même de personnages tourmentés au mètre carré, et à pieds dehors en plus, et puis, je me suis retrouvée complètement prise par ce huis clos qui bout de secrets glaçants.

Les personnages se poursuivent d’abord sans se voir. Devant, il y a Bess,, totalement néophyte en bourrasque. C’est son premier hiver en compagnie des autres, ramenée là par Bénédict, l’autochtone, le dernier des descendants de la famille Meyer. Les parents du jeune homme sont morts, mais lui est resté accroché à la vie sauvage et rude que son père lui a mise dans le sang. Bess, c’est la pièce rapportée d’ailleurs, elle vit avec lui et le petit garçon, avec lequel elle est partie dans la tempête et dont elle vient de lâcher la main, bêtement. Il faut dire que la jeune femme n’est pas vraiment fiable, pas adaptée au climat, avec ses jupes trop courtes en été pour les regards virils qui traînent en ces lieux. Il n’y a que Bénédict qui ne semble pas voir sa sensualité. Mais ce soir là, il se lance derrière elle, avec Cole qui rumine à côté de lui, du moins pour l’instant à côté … Cole, c’est le gars qui a la chemise de bucheron directement incrustée sur la peau, le cliché du rustre. Il a été embauché par le père de Cole, alors que l’usine de bois battait déjà de l’aile. Et puis, il est resté là, reluquant l’anatomie de Bess l’intruse quand il peut en percevoir un bout de peau. Malsain et torve, avec son acolyte Clifford, sa nature de chasseur n’attend que l’occasion de la violence pour se recharger.

Freeman ne fait pas parti des poursuivants de Bess. Il est arrivé après tout le monde et est resté sans raison, à part, présence incongrue, sans que l’on sache si son mystère est bienveillance ou trou noir.  Si on pouvait voir quelque chose dans le blizzard, il serait le guetteur, celui qui attend que la proie lui tombe dans le bec, mais quelle est la proie ?

Le sauvetage semble tourner à la traque, le danger fait l’urgence et les différentes révélations des quatre narrateurs qui se succèdent, dans une respiration de plus en courte et haletante, font remonter les secrets des plongées intérieures de chacun. A chaque fin de ces courts chapitres, le cœur palpite, manque de chavirer dans les grands espaces vides, peu décrits mais omniprésents, jusqu’à la dernière maison, au bord de la falaise … Où culpabilité, impuissance, silences, mènent les protagonistes dans le brouillard toujours aveuglant.

23 commentaires sur “Blizzard, Marie Vingtras

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    1. Il semble que ce titre rencontre un certain succès. C’est chouette pour cette jeune autrice, et mérité. Un peu de patience encore car il se lit rapidement. En espérant que les emprunteurs jouent le jeu des retours. C’est le truc qui m’agace dans les bibliothèques, d’ailleurs, j’y vais très peu.

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    1. Ha Marie Claude aussi a aimé … Comme j’ai fait l’impasse sur les chroniques sur ce titre, je vais pouvoir découvrir plein d’avis maintenant.
      Ce qui m’a manqué ? Pas grand chose en fait, mais j’ai le classement en coup de coeur difficile, je n’y mets que les titres qui m’ont beaucoup plu ( ce qui est logique … ), mais qui, en plus, me sont tombés dessus, en peu en décalage, ou par surprise, ou dont j’ai l’impression qu’ils m’ont ouvert une porte vers de nouvelles curiosités. C’est très subjectif ! Et en fait, pour ce titre, j’ai hésité.

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      1. Comme tu dois être une assidue du lieu, tu peux peut-être insister ? Sauf si c’est comme celle de ma ville qui a tellement de sollicitations ( il faut dire qu’elle est très grande) que la pratique du cahier de suggestions a été supprimé … ^-^

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      2. je l’ai suggéré, on va voir… Je pense que c’est une question de budget, on a été obligé de revoter pour les municipales la commune est restée sous »tutelle extérieure » le temps de recommencer…
        si cela dure trop je finirai par l’acheter (poche ou occasion) 🙂

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  1. Je trouve qu’il est incroyablement bien ficelé, ce roman. Prenant du début à la fin, sans chichi ni dentelles. Un premier roman exemplaire, à mon sens.

    Quant au nombre de « personnages tourmentés au mètre carré », j’ai vu bien pire. Attends de lire mon billet sur Là où sont les oiseaux de Maren Uthaug. La coupe débordait tellement que ça en devenait risible!

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    1. J’ai eu peur de cet effet d’accumulation au départ, mais, comme tu le dis, il est tellement bien ficelé ce roman, que finalement, cette impression ne s’installe pas. Je sens que je vais m’amuser à lire ton article sur Là où sont les oiseaux ( je pressens déjà que ce titre ne va pas rejoindre mes étagères …)

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