La veuve des Van Gogh, Camilo Sanchez

Après avoir participé au mois latino américain avec un titre d’un auteur « hors nationalité » mais se déroulant entièrement dans la géographie concernée, ( Rouge Brésil de Rufin), je me suis amusée à faire l’inverse. Camilo Sanchez est argentin, et ce titre, comme son nom l’indique, n’évoque que des paysages européens, et encore, seulement ceux peints par Van Gogh à Arles, Paris et en Hollande.

La figure centrale n’en est pas le peintre, mais sa belle soeur, la femme de son frère Théo, Johanna Van Gogh Bonger. Tout juste mère d’un petit garçon que Théo a voulu nommer Vincent, et qui ne connaitra jamais son oncle ( on doit quand même à sa naissance les « fleurs de cerisiers »), elle se retrouve seule, face à son mari, terrassé par la disparition de son frère. Elle est impuissance à le sauver de son obsession, les lettres, les tableaux, le voit se laisser happer par son chagrin et rapidement par la folie qui envahit le corps du frère cadet.

On pourrait alors se dire que Van Gogh mériterait la rancœur de cette jeune femme. Il lui a volé son mari, fait peser la malédiction de son prénom sur son fils, l’appartement du couple est envahi par les dessins, les tableaux, plus de 600, qui s’entassent partout, ne pouvant être montrés, ignorés, à peine vus que méprisés par les quelques critiques qui y ont jeté un oeil. A travers les extraits de son journal intime, que l’auteur entoure de son récit chronologique, on voit bien qu’il n’y a nulle rancune et que Johanna a choisi la douceur de la compréhension, et peu à peu l’admiration. Elle mettra toute son énergie à faire connaître la peinture du « fou ».

Après la mort de Théo, elle découvre la correspondance entre les deux frères, savoure les descriptions que fait Vincent de ses propres tableaux, de ses couleurs vibrantes qui la touchent, au point que parfois, elle voit le tableau de Van Gogh dans le paysage hollandais qui entoure son auberge. Un an après la mort de Théo, elle est devenue propriétaire de la villa Helma, dans le petit village de Bossum, et espère que cette activité touristique, en la faisant vivre, elle et son fils, lui permettra en même temps de faire connaître l’œuvre de l’artiste inconnu jusque là. De Paris, elle fait venir 300 oeuvres qu’elle accroche sur tous les murs, tournesols, souliers, cyprès, Tanguy, sont punaisés, en attendant mieux. En même temps, elle trie, classe la correspondance.

Sans cette femme,  bon nombre des œuvres que l’on admire aujourd’hui, auraient pris le même chemin que d’autres, relégués au rang de porte de poulailler, de bric à brac sur les étals de camelote du boulevard Clichy, ou mis à mal par des fanatiques qui ont crié au diable devant les tourbillons de couleurs si intenses.

Alors, bien sûr, on apprend beaucoup sur Van Gogh, sa poétique, mais l’auteur arrive aussi à faire entendre la voix d’une jeune femme, jeune mère, jeune veuve, indépendante, déterminée, cultivée, proche des milieux intellectuels progressistes, et farouchement résolue à mener Van Gogh vers les musées, et non dans les mains des marchands.

Une participation au mois latino américain d’Ingannmic et Goran

 

 

23 commentaires sur “La veuve des Van Gogh, Camilo Sanchez

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    1. Sa détermination est étonnante, on aimerait en savoir plus encore, l’auteur ne retraçant qu’une partie de son histoire. On aperçoit aussi la soeur de Van Gogh, une autre figure de la famille.

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    1. L’auteur ne s’attarde pas sur Van Gogh, il est plutôt question de la difficile réception de ses oeuvres, mais les extraits choisis de sa correspondance avec son frère sont très éclairants sur sa manière de concevoir la peinture.

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  1. Je me souviens de cette lecture, je m’étais fait une thématique Van Gogh dans les romans, c’était très intéressant et instructif sur comment les oeuvres de l’artiste ont enfin intéressé le public et les collectionneurs.

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    1. Une thématique Van Gogh dans les romans ? voilà qui m’intéresse. Je vais aller voir chez toi si tu en as fait un récapitulatif. J’aimerais bien en savoir plus, parce que ce titre s’arrête au tout début de cette reconnaissance. Et on sent bien que le chemin va être long encore ! Et on ne peut s’empêcher de se demander si quelques-unes des œuvres perdues vont être retrouvées.

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