L’amas ardent, Yamen Manai

thumbnailLes Nawis, habitants du village de Nawa, perdu dans les montagnes, sans doute tunisiennes, ont connu le règne du Vieux. Puis celui du Beau. Le Beau promettait un avenir radieux de modernité et de liberté. Au début de sa mise en place du pouvoir, le village avait même eu les honneurs du vingt heures, le Beau l’ avait gratifié d’une visite, sous les flashs des photographes, il avait affiché un sourire compatissant devant la misère, derrière les verres fumés de ses lunettes de marque. Si des années plus tard, le Beau et sa famille se sont enrichis, Nawa est resté dans son jus moyenâgeux ; récolte de figues de barbarie, sarclage à mains nues, eau à dos d’âne, et soirées à la lampe à pétrole. Mais voilà, le peuple de la ville a renversé le Beau, et même le peuple des champs doit voter. C’est ainsi que la place du village se voit flanqué d’un bureau de vote en contreplaqué, plus solide que leurs habitations, ironie qui, même si ils sont analphabètes, les fait sourire.

Stupéfaits et bons enfants, ils voient surgir une première caravane de gens de la ville, qui clament des chants patriotiques et agitent le drapeau idoine. Soit. Placides, les nawis les regardent passer. La seconde les intrigue davantage, des enceintes se déversent des décibels coraniques, des barbus leur chantent la gloire du prophète, mais surtout, ils déversent des caisses de la nourriture et des vêtements neufs. Neufs mais noirs. Au final, satisfaits de cette nouveauté, ils les endossent naïvement, en échange du service rendu, bien sûr, ils cocheront dans l’isoloir la case indiquée, celle avec le pigeon.

La fable est limpide, la tonalité ironique nous les rend tout ce qu’il y a de plus sympathiques, ces Nawis, on les voit bien même devenir une poche de résistance à la marche du monde, leur simplicité en bandoulière. Mais le véritable héros du conte est le Don, un apiculteur qui vit au dessus du village. Il est homme de sagesse, et plein d’harmonie. Ses abeilles, il les appellent ses filles et leur vol comme leur miel ont depuis des années fait le bonheur des habitants. Mais lui aussi a affaire à une attaque, plus allégorique, plus mystérieuse. Ses ruches ont été profanées, laissant des centaines de victimes butineuses sur le flanc, littéralement déchiquetées. Le miel a été aspiré, la reine moribonde dresse ses pattes vers le ciel … Le Don alerte le village, qui même de noir vêtu, tient au miel et à sa douceur, et il commence à mener l’enquête, à dos d’âne, dans la montagne où rode l’ennemi des abeilles, et aussi des hommes que le dard de l’intolérance a piqué au plus profond.

Le récit de la quête est frais, alerte, plein de soleil et de goût pour la langue, on sourit de l’optimisme et des bons sentiments, de la valse des abeilles, de l’idée que l’étranger est justement celui qui peut venir nourrir une société quand le danger intérieur manque de l’étouffer … Mais si la construction allégorique tient la route, elle avance quand même à gros sabots vers la fin. Le conte en sort bancal.

13 commentaires sur “L’amas ardent, Yamen Manai

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    1. C’est une fable, alors on peut comprendre qu’il faut bien que le sens général de l’allégorie soit clair et explicite, c’est bien pour la morale, mais un peu dommage pour la fiction. Il n’empêche qu’il y a de vraiment beaux moments avant.

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    1. C’est plutôt une fable qu’un roman. Mais l’auteur est à découvrir, selon moi. Tu peux tenter un autre titre, La sérénade d’Ibrahim Santos est un titre plus abouti, et très drôle !

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    1. Moi aussi j’avais préféré La sérénade, qui est aussi une forme de fable politique, dont la construction tient bien jusqu’au bout. J’aime bien la tonalité ironique de l’auteur et son sens du burlesque. Il est rare qu’un roman me fasse sourire, mais ce fut le cas pour cette sérénade.
      J’ai vu ta note sur Bel abîme, qui semble plus explicitement politique. Il me reste à lire sur mes étagères La marche de l’incertitude. Et oui, j’aime cet auteur !

      Aimé par 1 personne

      1. C’est vrai qu’au nombre de livres que nous lisons…
        Pas trop de caprices, mais tout n’est pas encore au point (lien d’abonnement, par exemple, dont j’ignore s’il fonctionne!). En revanche,j’ai une blogroll, maintenant 😅

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    1. Je pense que je garderai les nawis en tête, avec la valse des abeilles, ce sont de belles images, qui font du bien … Le côté fable m’agace parfois, mais ici, tu as raison, on s’évade facilement.

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