Dieu, le temps, les hommes et les anges, Olga Tokarczuk

Ce que ce livre n’est pas : une sage familiale. Et pourtant si, puisque l’on suit les tribulations d’une même famille, dans un même village, Antan, sur trois générations : Geneviève et Michel, les propriétaires du moulin, puis Misia, leur fille, ses amours avec Michel, sa maison pleine d’odeurs, d’enfants, et d’histoires qui en entrent et sortent, comme dans un moulin à histoires, dont celle de son frère Isidore. Isidore et sa tête trop grosse, qui lui jouera bien des tours, parce qu’elle est un peu brinquebalante, vu qu’il est né alors que Pluton, le soir de sa naissance, s’était égaré du côté du Cancer. La poisse.

Ce que ce livre n’est pas : un atlas géographique. Et pourtant si, puisque dès la première phrase du roman, tout est dit :  » Antan est l’endroit situé au centre de l’univers », un univers qui ressemble un peu à la Pologne, en très petit, et en univers clos. D’ailleurs, ceux qui veulent en sortir sentent sous leurs doigts une membrane inflexible. Des anges en gardent les frontières, mais Gabriel, Raphaël, Uriel et Michel doivent parfois piquer un somme, puisque si les habitants ne sortent (ou très peu) du microcosme, le fracas du monde y rentre comme dans un moulin, les allemands, puis les soviétiques. Et malgré les anges, les soldats y font ce font les soldats, piller violer, piétiner l’honneur des hommes.

Ce que ce livre n’est pas une fresque historique. Et pourtant si, puisque la première guerre retient d’abord Michel au loin. Durant son absence, Geneviève a résisté à la tentation de goûter Igor, mais pas à la sensualité des corps. La deuxième guerre éloigne la figure de la Glaneuse du village, et le mauvais bougre s’enfonce dans les bois, comme si leur magie ne pouvait appartenir au même monde que celui des tanks et de la chasse aux juifs. Pendant que le maître du château s’égare dans un jeu infini, le temps des aristocrates s’efface doucement, avec les moulins et les curés.

Ce que ce livre n’est pas : un conte. Et pourtant l’imaginaire médiéval et son bestiaire y plante ses griffes, l’animalité coitoie l’inhumanité, le mal rôde parmi les hommes, prend les formes multiples de l’amour et de l’exclusion, brouille le fracas du monde réel.

Les trames narratives résistent à toute classification mais le puzzle est un monde touffu, un livre animé, un chef d’oeuvre.

 

13 commentaires sur “Dieu, le temps, les hommes et les anges, Olga Tokarczuk

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  1. C’est fou la coïncidence, je viens de finir de rédiger ma note sur ce titre (qui ne paraîtra que début mars, dans le cadre d’une LC)… Elle rejoint la tienne, j’ai été enchantée par ce roman, tellement profond et pourtant tellement accessible, qui se détache des frontières des genres, comme tu l’exprime très bien. Une auteure avec laquelle je n’en ai pas fini, c’est certain !

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    1. On se croise !!! Je pense qu’en lisant ta future note, je me rendais compte de tout ce que je n’ai pas dit sur ce vrai bonheur de lecture …. Ce titre est tellement foisonnant !
      Et moi non plus, je n’en ai pas terminé avec cette auteure, il me reste à lire au moins quatre titres, si j’ai bien tout repéré.

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  2. Bonjour Nathalie, je lis un peu tardivement ta chronique de ce titre qui m’a autant enthousiasmée et impressionnée. J’aime beaucoup ton billet qui dit le foisonnement et la profondeur. Nous n’en avons pas fini avec cette auteure 🙂

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    1. Mais non, ce n’est jamais trop tard pour partager cet enthousiasme. Quel livre ! Et je te remercie pour ton compliment, car je sentais vraiment petite pour tenter de dire à quel point il est riche et foisonnant et merveilleux et envoûtant et … pff, magique ?
      Et oh que que non ! Nous n’en avons pas fini !

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