Ici n’est plus ici, Tommy Orange

Ce roman se veut être le portrait d’une génération singulière, celle des jeunes amérindiens urbains, vivant à Oakland, dans la baie de San Francisco. Ils descendent de divers tribus , de 500 ans de massacres, ils sont à moitié assimilés, souvent ignorants de leurs origines, de ce que veut dire être indiens, nourris des images que les blancs ont façonné d’eux à la télévision, puis sur Internet. Ils sont les résultats inachevés d’une survie, loin des montagnes sacrées qui leur sont inconnues, remplacées par les gratte ciel.

Ils sont tellement nombreux à prendre la parole dans ce roman, leurs expériences sont tellement similaires : drogues, violences natales et prénatales, isolement devant les écrans, misère sociale, pertes des racines, abandons des parents, que j’avoue m’être peu attachée à eux, ne les identifiant pas d’un chapitre à l’autre. Les histoires individuelles finissent par construire un puzzle ramifié dont le clou est le super Pow Wow d’Oakland, auquel chacun se prépare à sa façon. L’idée que l’auteur met en scène vise à montrer qu’être indien pour eux consite, en grande partie, à être considéré comme tels par les blancs, la culture des blancs, le cinéma, la publicité, qui a fait de leurs ancêtres des créatures à plumes.

Un des personnages, Dene, tente une autre histoire à raconter. Il se saisit d’une entreprise et d’une caméra reçues en héritage pour filmer des témoignages, de simples récits de bouts de vie de cette communauté qui n’en est pas une. C’est lui aussi qui en citant Gertrude Stein  » Il n’y plus de là, là » résume ce qui leur est arrivé, les indiens urbains, hors réserve, sont perdus car leur territoire est partout, à la fois ancestral et enseveli.

Une autre histoire a retenu mon attention, souvent flottante pour d’autres, celle de Vicky qui a entrainé ses filles, Jackie et Opale, sur l’île d’Alcatraz pendant l’occupation de ce lieu, hautement symbolique, par les amérindiens pendant 19 mois d’espoirs, perdus, au final. J’ignorais cet épisode de la lutte de l’Américan indian movement et la terrible ironie de la déclaration dite  » We hold the rock », parodie virulente du traité de Fort Laramie.

Mis à part ses deux personnages, qui mettent en place une forme dynamique de résistance, même si elle est branlante, la succession des constats d’échecs, noyés dans l’anonymat (pour moi …) des voix a eu, pour moi, toujours, beaucoup moins d’ampleur que les récits de Louise Edrich, (Dans le silence du vent, par exemple), ou les nouvelles percutantes de Joseph Boyden (Là haut vers le nord).

21 commentaires sur “Ici n’est plus ici, Tommy Orange

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    1. Je dirais qu’il manque d’efficacité, ce roman, si j’étais méchante, je dirais qu’il sent l’atelier d’écriture … Sujet-verbe-complément … je mets du pathos, du choral et j’aligne jusqu’à la fin … mais je ne suis pas méchante !

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    1. Ben ouais, je comprends, mais je ne sais pas lâcher un livre, surtout quand il il a eu si bonne presse bloguesque, je me dis que c’est moi, que je vais louper un truc. Et puis, la fin n’est pas si mal ! J’ai même réussi à raccrocher.

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    1. Je n’ai pas non plus détesté, il y a de beaux personnages et rien que pour l’épisode d’Alcatraz, je ne regrette pas. Mais, effectivement, pas un coup de coeur, surtout quand tu connais Boyden et Edrich, qui ont une réelle puissance romanesque.

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    1. Franchement, il ne tient pas la comparaison avec les nouvelles de Boyden et certains romans d’Edrich, mais ce n’est pas un mauvais roman non plus, hein … Et je ne suis pas une spécialiste de la littérature sur les amérindiens, non plus …

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    1. Moi, j’ai le syndrome de la bonne élève, je commence, donc, je finis ^-^. Mais je n’ai pas eu non plus envie de l’abandonner, j’attendais juste qu’il se passe autre chose que l’énumération des malheurs. En même temps, ça peut-être nécessaire de dire le malheur, pour commencer une réflexion.

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  1. Alors moi j’ai très bien accroché, j’ai vraiment aimé mais heureusement que je l’ai lu en format papier et pas sur la liseuse parce qu’il m’a fallu quelques retours en arrière, tellement il y a de personnages.

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    1. Cette abondance m’a vraiment trop gênée, et puis, surtout, comme les parcours de beaucoup d’entre eux se ressemblent, on ne les distingue pas vraiment les uns des autres, sauf deux ou trois. C’est peut-être une volonté de marquer un malheur collectif ?

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      1. Je ne sais pas si ma remarque est juste, mais je lis pas mal de nouveaux auteurs américains, (trop d’ailleurs, je pense) et je commence à remarquer un certain nombre de similitudes dans l’écriture, et un certain lissage des thèmes aussi. Je ne veux bien sûr pas dire que la cause des amérindiens est lisse !!!

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