Un blanc, Mike Biermann

Un blanc joue de la polysémie du titre, mais on peut quand même dire qu’il s’agit de l’histoire loufoque d’une expédition polaire, ou d’une nef des fous en goguette. Epopée burlesque, elle ne mène qu’à constater la vacuité de ces explorateurs. En même temps, on en rit pas mal jaune. 

Quand l’astrofant prend la mer en direction du pôle sud, le 12 décembre 2000, le ciel est radieux. Repeint à neuf, le brise glace est équipé d’un certain confort, malgré une fâcheuse tendance au roulis vertical et latéral. L’équipage est cosmopolite, des scientifiques aux spécialités rationnelles, géologues, sismologues, ornithologue, dimatologue, cyanobactériologue, ichtyologue, hommes et femmes dont le suffixe aurait dû garantir le sérieux, et un cuisinier trouble fête, nain, obsédé de grosses cuisses et de poires cuites. Le capitaine, lui, jubile, il tient l’occasion de rejouer le rôle des grands explorateurs gentleman aux bons mots toujours prêts face à la mort inéducable et l’inhumanité de la nature. 

La mission est floue, il s’agirait d’aller tirer un feu d’artifice à l’occasion du nouveau millénaire, vu qu’il n’a plus rien à vraiment découvrir au pôle sud. L’astrofant quitte donc le port, emportant, outre ses spécialistes hétéroclites, une roquette à effet chrysanthème qui exploserait en couleur à une altitude de 3 milles, une roquette de rechange, six bouteilles de champagne et douze flûtes. ( et des poires à cuire). 

L’âme aventurière d’Adolfin Smitt, le capitaine, se heurte au premier obstacle, ou plutôt sa première tentation, un iceberg antartique placide qui voguait, l’air de rien, sur une mer d’huile. N’écoutant que les échos des figures tutélaires, ces fameux explorateurs des terres glacées, il se lance avec une partie de l’équipe scientifique à l’assaut du mur du glace. C’est à la page 19, donc, que débutent les catastrophes qui vont se succéder sans relâche sur les personnages, en une cascade burlesque et dérisoire, dérapant sans cesse vers l’absurde. 

L’Antartique leur échappe, les égare dans des agitations ridicules, des platitudes égocentriques. la folie les guette pour ne rien avoir entrepris de sincère, pour se laisser guider par leur instinct d’infiniment petits, dans l’infiniment plus grand qu’eux.

Un récit drôle et mélancoliquement déjanté, une antithèse absolue aux dissertations savantes et au romantisme des grands espaces. 

6 commentaires sur “Un blanc, Mike Biermann

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    1. C’est drôlement déjanté, ne t’attends pas à mourir de rire non plus, hein ! Mais c’est vrai que le ridicule de ces petits hommes devant l’immensité qui leur échappe est plutôt réjouissante à lire. Et puis, il y a le cuisinier …

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    1. Absolument ! J’ai bien pensé à toi en le lisant, d’ailleurs … Me disant que tu l’avais sûrement lu. Si ce n’est pas le cas, je confirme que ce titre est dans ta « ligne éditoriale » !

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